Don Diego de la Vega est l’un des redresseurs de torts les plus célèbres de la fiction. Romans, films, séries, bandes dessinées, comédies musicales : ses aventures n’ont jamais cessé d’être racontées depuis plus d’un siècle. Zorro, qui signifie « renard » en espagnol, est devenu un symbole de la lutte contre l’oppression, au même titre que Robin des Bois. Pourtant, en y regardant de plus près, le vengeur masqué est plus complexe qu’il n’y paraît. Embarquez avec nous pour un tour dans la Californie hispanique… et pour une bonne dose de vocabulaire espagnol !
En bref : el zorro veut dire « le renard » en espagnol (au féminin, la zorra). Le personnage est né en 1919 sous la plume de l’Américain Johnston McCulley. Son vrai nom, Don Diego de la Vega, est celui d’un jeune aristocrate de la Californie hispanique.
L’acte de naissance de Zorro, héros de nombreux enfants, date du 9 août 1919
Ce jour-là paraît, dans le magazine américain All-Story Weekly, le premier épisode d’un feuilleton signé Johnston McCulley : The Curse of Capistrano (« La Malédiction de Capistrano »). Le succès est immédiat. Le feuilleton est adapté au cinéma dès 1920 avec Douglas Fairbanks, puis publié en livre sous le titre devenu célèbre de « Le Signe de Zorro » (The Mark of Zorro).
L’histoire est simple et efficace. Don Diego de la Vega, jeune aristocrate d’origine espagnole, décide de combattre la corruption et le pouvoir arbitraire qui règnent dans la Californie du début du XIXe siècle, alors territoire de la couronne d’Espagne. Pour agir plus efficacement, il revêt un masque, une cape et un chapeau noirs, et combat les méchants à l’épée, sur son cheval, sous le nom de Zorro. Le jour, il joue les jeunes nobles oisifs et peu courageux, ce qui écarte tout soupçon. Malgré sa haute condition sociale, notre renard hidalgo se veut le défenseur de la veuve, de l’orphelin et de tous les opprimés de la région.
Il est aidé dans sa quête chevaleresque par son fidèle serviteur Bernardo, un muet qui, dans la série de Disney, se fait passer pour sourd afin d’espionner les conversations. Son langage des signes très expressif permet à notre cavalier de déjouer tous les pièges.
Le vocabulaire du justicier
Le nom même du héros est une leçon d’espagnol : le renard est l’animal rusé par excellence, et ser un zorro se dit aussi d’une personne très maligne. Attention en revanche au féminin : zorra est, dans beaucoup de pays, une insulte vulgaire visant les femmes. À éviter absolument !
« Es un viejo zorro. » — « C’est un vieux renard » (quelqu’un de très rusé).
« El enmascarado escapó a caballo. » — « L’homme masqué s’est enfui à cheval. »
Le média qui va faire de Zorro une icône sur plusieurs générations, c’est la télévision
À la fin des années 1950, les studios Disney produisent une série américaine en noir et blanc, diffusée de 1957 à 1959, qui compte 78 épisodes, complétés ensuite par quelques épisodes spéciaux. Son générique, adapté en français, sera sur toutes les lèvres, avec ce fameux Z qui veut dire Zorro tracé à la pointe de l’épée. Des décennies plus tard, la série est toujours rediffusée, et, ironie de l’histoire, il en existe désormais une version colorisée.
L’atmosphère soignée, avec ses grandes ombres portées sur les murs, le cheval qui se cabre sous l’éclair, témoigne d’une mise en scène rare pour un feuilleton télévisé de l’époque. Le succès vient aussi des scènes d’action et de l’humour, de plus en plus présent au fil des épisodes. Pour cela, la série peut compter sur des personnages hauts en couleur portant des noms bien espagnols.
Que serait Zorro sans le sergent Garcia ?
C’est l’adversaire attitré du justicier masqué, mais surtout l’élément comique du feuilleton. Naïf, maladroit, gourmand et porté sur la boisson, il rate à peu près tout ce qu’il entreprend. S’il rêve de découvrir un jour la véritable identité de Zorro et de le capturer pour toucher la récompense, il n’est pas forcément mécontent des actions du hors-la-loi : il juge lui-même ses supérieurs cruels et malhonnêtes. Il se fait souvent manipuler par Don Diego de la Vega, dont il ignore bien sûr la double vie. Le sergent Garcia apparaît finalement plus sympathique que méchant. Avec le caporal Reyes, il forme un duo à la Laurel et Hardy.
Les vrais méchants, eux, ne manquent pas : à commencer par le cruel capitaine Monastario, commandant de la garnison, ou encore des intrigants prêts à tout pour s’emparer de la Californie. Heureusement, le héros, interprété par Guy Williams, surgit du passage secret de son hacienda, accompagné de son fidèle cheval Tornado, pour corriger tous les vauriens.
Zorro, une source d’espagnol
Même si Zorro est une création américaine, son univers est truffé de mots espagnols que vous connaissez sans le savoir. En voici quelques-uns :
| Espagnol | Français | Remarque |
|---|---|---|
| el zorro | le renard | Aussi : personne rusée |
| el sargento | le sergent | Grade militaire |
| el cabo | le caporal | Aussi : le cap (géographie) |
| la hacienda | le domaine agricole | En Espagne : aussi le fisc |
| el hidalgo | le gentilhomme | De hijo de algo, « fils de quelqu’un » |
| la capa | la cape | Aussi : la couche |
| la espada | l’épée | Les espadas sont aussi une couleur du jeu de cartes espagnol |
| el enmascarado | l’homme masqué | De la máscara, le masque |
| el justiciero | le justicier | Faux ami possible : justo = juste |
Les adaptations mémorables
Parmi les nombreuses relectures du mythe, le roman de l’écrivaine chilienne Isabel Allende, El Zorro: comienza la leyenda (2005), invente une jeunesse à Don Diego de la Vega et revient sur ses motivations, et sur l’origine du masque, de la cape et du chapeau. C’est une vision plus adulte du personnage, avec en toile de fond l’Espagne du XIXe siècle et ses sociétés secrètes. Le livre a inspiré une comédie musicale, jouée notamment à Paris aux Folies Bergère, où les aventures de Zorro sont rythmées par les rumbas flamencas des Gipsy Kings.
Au cinéma, beaucoup se souviennent aussi du Masque de Zorro (1998), avec l’Espagnol Antonio Banderas dans le rôle du renard, aux côtés d’Anthony Hopkins et de Catherine Zeta-Jones. Pour les apprenants, c’est l’occasion d’entendre quelques répliques en espagnol glissées dans les dialogues, avec un accent andalou authentique : Banderas est né à Malaga.
Et si l’envie de défendre les opprimés vous titille, il ne vous reste plus qu’à enfiler votre panoplie de chevalier noir… en attendant que les enfants soient couchés, pour ne pas leur donner de mauvaises idées !
Notre conseil : revoir un classique que vous connaissez par cœur, comme Zorro, en version espagnole sous-titrée est une excellente méthode. Vous connaissez déjà l’histoire : toute votre attention peut aller à la langue, aux expressions et à la prononciation.


