En 2017, Rafael Nadal entrait dans la légende du tennis en devenant le premier joueur à remporter dix fois le même tournoi du Grand Chelem : Roland-Garros. En Espagne, on a vite trouvé un nom à cet exploit : la Décima. Pour comprendre la domination espagnole sur la terre battue parisienne, Telemartin avait alors interrogé Rémi Bourrières, journaliste à Tennis Magazine. Voici cet entretien, remis en perspective, et le vocabulaire du tennis en espagnol.
Repère : après cette Décima, Nadal a continué sur sa lancée et a porté son record à quatorze titres à Roland-Garros, avant de mettre un terme à sa carrière fin 2024. Les propos ci-dessous datent de 2017.
Le journaliste qui connaît bien Rafael Nadal révèle la méthode de l’Espagnol pour être invincible
Comment expliquer la 10e victoire de Nadal dans un même tournoi du Grand Chelem ?
Pour Rémi Bourrières, cela dépassait l’entendement. Première explication : Nadal a commencé très tôt. Il a remporté son premier Roland-Garros en 2005, à 19 ans à peine, avec déjà une musculature d’adulte. Une précocité devenue très rare, et qui lui a permis de bâtir son record année après année. Le journaliste pressentait d’ailleurs que le Majorquin ne s’arrêterait pas là : l’avenir lui a donné raison.
Pouvait-il encore gagner d’autres Roland-Garros ?
« Tout part de la tête », expliquait-il : tant que l’envie est là, le corps suit. De plus en plus de joueurs de plus de 30 ans restaient au sommet, et Nadal maîtrisait parfaitement son hygiène de vie et sa récupération. Avec la marge qu’il avait sur terre battue, d’autres titres semblaient possibles.
Pourquoi les Espagnols sont-ils si dominateurs à Roland-Garros ?
Avant Nadal, Sergi Bruguera (1993 et 1994), Carlos Moyà (1998), Albert Costa (2002) et Juan Carlos Ferrero (2003) s’étaient déjà imposés à Paris. Pour le journaliste, c’est culturel : en Espagne, la grande majorité des courts sont en terre battue, bien plus qu’en France. Les joueurs espagnols naissent et grandissent sur cette surface, la plus physique, celle qui demande le plus d’endurance. Et la culture du dépassement de soi colle parfaitement à ce jeu. Chez les femmes aussi, l’Espagne a brillé à Paris, avec Arantxa Sánchez Vicario ou Garbiñe Muguruza. Plus récemment, Carlos Alcaraz a pris le relais.
La préparation physique est-elle différente de celle des joueurs français ?
Dans ce domaine, une petite culture du secret demeure. Mais selon Rémi Bourrières, Nadal adaptait toujours sa préparation physique à la surface, alors que les Français se contentaient souvent de travailler la technique pour la surface suivante.
Que penser des soupçons de dopage lancés en France ?
Des rumeurs ont un temps visé Nadal en France. Le journaliste n’y a jamais cru et les jugeait scandaleuses : pour lui, le joueur avait trop de respect pour son sport. Nadal, qui a toujours fermement démenti, a d’ailleurs obtenu gain de cause devant la justice française pour diffamation.
Ne vit-il vraiment que pour le tennis ?
Il faut nuancer. Chez lui, à Majorque, Nadal aimait partir pêcher en mer avec ses amis. Mais ses pauses restaient courtes, sans excès : son professionnalisme passait par l’entraînement, le sommeil et l’alimentation.
Quelles leçons pour le tennis français ?
Plutôt que la fédération, ce sont les joueurs qui peuvent s’inspirer de Nadal : sa façon de travailler, son humilité, son respect de chaque adversaire. Il ne se sentait jamais favori et doutait en permanence. Son oncle Toni Nadal, qui l’a formé et entraîné jusqu’en 2017, veillait à garder les pieds sur terre.
Le vocabulaire du tennis en espagnol
| Espagnol | Français |
|---|---|
| La tierra batida | La terre battue |
| La pista | Le court |
| La raqueta | La raquette |
| El saque / el resto | Le service / le retour |
| La derecha / el revés | Le coup droit / le revers |
| El juego, el set, el partido | Le jeu, le set, le match |
| La bola de partido | La balle de match |
| Ganar / perder la final | Gagner / perdre la finale |
Les ordinaux, eux, servent à compter les titres : la Décima (le 10e), la Undécima (le 11e), la Duodécima (le 12e). Et pour féliciter un champion : « ¡Vamos, Rafa! », le cri que tous ses fans connaissent.
« Nadal ganó la final en tres sets. » — « Nadal a gagné la finale en trois sets. »
Notre conseil : regardez les interviews d’après-match de joueurs espagnols : le vocabulaire est répétitif, les phrases courtes, et le contexte vous aide à tout comprendre. Un excellent entraînement d’écoute !


