Don Quichotte au cinéma, une malédiction enfin levée ?

Actualités 16 avril 2019 par telemartin.tv |


C’est peu dire que Terry Gilliam a dû se battre contre des moulins à vent pour réaliser le film qui l’obsède depuis plus de vingt-cinq ans. Financiers et producteurs qui se débinent, maladie, catastrophe météorologique, cette adaptation avait tout du film maudit. Pourtant ô miracle, le cinéaste américain vient d’annoncer la fin du tournage de « L’Homme qui tua Don Quichotte ». Retour sur les multiples tentatives avortées.

L’idée germe en 1990 avec cette originalité : fusionner l’œuvre de Cervantès avec la trame d’un roman de Mark Twain « un Yankee à la cour du roi Arthur ».

Il s’agit ainsi d’ajouter un compagnon de notre époque au personnage médiéval de Don Quichotte. Pour Terry Gilliam, l’histoire est profondément ancrée dans la culture européenne et doit donc être produite en Europe. Si Canal+, Pathé se montrent intéressés, il faut trouver malgré tout des sources de financement supplémentaires. Et là, premier couac – des investisseurs donnent leur accord, sans que qui que ce soit ne voit débouler le moindre centime. Le tournage prévu en 1999 est donc ajourné. Ce sera le premier report d’une longue série.

Après avoir revu le budget du film à la baisse, des investisseurs allemands permettent de lancer la réalisation en octobre 2000 au nord de Madrid. Le casting est prestigieux avec Jean Rochefort dans le rôle principal, Vanessa Paradis en Dulcinée et avec surtout la superstar des blockbusters américains Johnny Depp, de quoi faire tourner la machine à billets. Tout irait enfin bien dans le meilleur des mondes mais deuxième coup du sort après deux jours de tournage, Jean Rochefort est victime d’une double hernie discale qui l’empêche de tenir son rôle. En attendant de trouver une solution, Terry Gilliam continue de filmer. Nouvelle malédiction, le vol régulier d’avions militaires rend impossible toute captation du son. Le réalisateur décide de tenir bon quand toujours au début du tournage des pluies diluviennes abiment sérieusement le matériel de tournage et changent radicalement le paysage. Ainsi le désert aride devient d’un vert chatoyant ne correspondant plus du tout à l’environnement du livre de Cervantès. Ces éléments en chaine finissent par avoir raison du tournage, l’équipe du film abandonne. Maigre consolation, ces péripéties donnent naissance à un fabuleux documentaire « Lost in La Mancha » qui revient sur tous les déboires du film.

Huit ans plus tard, Terry Gilliam retente sa chance. Il arrive non sans mal à récupérer les droits de son scénario. Robert Duvall avoue qu’il est pressenti pour remplacer Jean Rochefort. Puis c’est Terry Gilliam lui-même qui annonce que Ewan McGregor doit reprendre le rôle de Johnny Depp. Un casting 100% anglo-saxon qui devrait faciliter le financement. Malgré un budget drastiquement réduit… le réalisateur perd à nouveau son financement. Qu’à cela ne tienne, Terry Gilliam est un entêté à l’image des personnages de ses films. À nouveau producteur, nouveau financement. Owen Wilson remplacerait Ewan McGregor. Mais la scoumoune maintient son emprise et l’argent pour faire le film se fait toujours aussi discret, trop discret. Nouvelle annulation. Petite consolation, Terry Gilliam réalise The Zero Theorem, une œuvre mineure dans sa filmographie.

Et c’est reparti pour un nouveau baroud d’honneur en 2014. Terry Gilliam modifie en profondeur son scénario. Le film raconte l’histoire d’un réalisateur qui après avoir fait un film sur Don Quichotte revient quelques années sur les lieux du tournage. Il prend conscience que ce film a détruit la vie de tous ces protagonistes. Impossible de ne pas y voir une mise en abyme de la propre expérience de Terry Gilliam. John Hurt décroche le rôle principal et Amazon est au financement. Dans le même temps, l’acteur est diagnostiqué d’un cancer du pancréas ce qui l’empêche d’être assuré pour le film. Cette nouvelle adaptation finit donc à la poubelle comme les précédentes.

Player One – Play Again. En 2016, un nouveau producteur entre dans la partie. Le projet est officiellement remis sur pied jusqu’à ce que Gilliam annonce que ce dernier n’a pas les fonds escomptés. Il décide donc de s’en débarrasser mais le tribunal de grande instance de Paris estime cependant que le futur film du réalisateur ne pourra âtre exploité sans l’accord de ce producteur aux poches trouées.

2017 – Enfin le bout du tunnel !!! Le 4 juin dernier Terry Gilliam l’annonce sur sa page facebook : « Après 17 ans, nous avons terminé le tournage de l’Homme qui tua Don Quichotte. Muchas gracias à toute l’équipe et aux croyants. Quichotte est vivant ! » C’est un habitué de l’univers du réalisateur, l’acteur Jonathan Pryce qui a accompagné cette concrétisation avec au casting à côté de lui, Adam Driver vu dans « Star Wars : le réveil de la force » et l’actrice 100% espagnole Rossy de Palma. Le film est une co-production européenne et Amazon a répondu à nouveau présent. «Tourner ma version de Don Quichotte a été une obligation médicale, c’est une tumeur cérébrale que je devais extirper». Nous sommes soulagés pour lui. Le résultat final est attendu dans les salles en 2018 à moins que…

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