En 2016, la presse a annoncé partout la « fin de la sieste » en Espagne. Un an plus tard, on apprenait qu’un établissement proposant des siestes venait d’ouvrir à Madrid… De quoi y perdre son latin ! Retour sur une polémique très médiatisée, sur les vrais horaires espagnols, et sur le vocabulaire du sommeil pour parler de la siesta comme un natif.
La fin de la sieste vraiment ?
En 2016, le gouvernement de Mariano Rajoy évoque une réforme des horaires de travail : finir la journée plus tôt, vers 18 heures, et mieux concilier vie professionnelle et vie familiale. Il est même question de revenir au fuseau horaire de Londres, l’Espagne vivant depuis 1940 à l’heure de l’Europe centrale, alors qu’elle se trouve géographiquement à la longitude du Royaume-Uni.
Dans de nombreux médias étrangers, la nouvelle devient vite : « L’Espagne supprime la sieste ! » Nous-mêmes, sur telemartin.tv, avions consacré un article à la fin de la sieste en Espagne pour vous dire notre stupéfaction. En réalité, il n’a jamais été question d’interdire à quiconque de dormir après le déjeuner : le débat portait sur la longue pause de la mi-journée et sur des journées de travail qui finissent tard. Et finalement, rien de tout cela n’a été appliqué.
Le pourquoi du comment de cette polémique autour de la sieste en Espagne ?
Tout part d’un constat : en Espagne, tout est décalé. On déjeune souvent vers 14 heures, on dîne vers 21 ou 22 heures, et les programmes de « prime time » à la télévision commencent bien plus tard qu’en France. Beaucoup de salariés pratiquent la jornada partida, la journée coupée en deux par une longue pause déjeuner, et quittent le bureau tard le soir. Résultat : les Espagnols se couchent tard et dorment souvent moins que leurs voisins européens.
Ce rythme haché pourrait nuire à la santé et à la productivité. Mais, selon de nombreux spécialistes, le problème vient surtout des couchers tardifs et des journées à rallonge, bien plus que d’une petite sieste. D’ailleurs, contrairement au cliché, la plupart des Espagnols ne font pas la sieste en semaine : en ville, avec les horaires de bureau, c’est un luxe réservé au week-end et aux vacances.
Ironie de l’histoire, c’est justement à Madrid qu’a ouvert, en 2017, un lieu où l’on pouvait louer un lit pour piquer un somme entre deux rendez-vous, sur le modèle des « bars à sieste » déjà apparus dans d’autres grandes villes. La sieste n’était donc pas morte : elle devenait… un service !
Le vocabulaire de la sieste et du sommeil
| Espagnol | Français | Exemple |
|---|---|---|
| echarse la siesta | faire la sieste | Los domingos me echo la siesta. |
| echar una cabezada | piquer un somme | Voy a echar una cabezada. |
| quedarse frito | s’endormir d’un coup | Me quedé frito en el sofá. |
| dormir a pierna suelta | dormir comme un loir | Anoche dormí a pierna suelta. |
| trasnochar | se coucher tard | No me gusta trasnochar. |
| madrugar | se lever tôt | Mañana tengo que madrugar. |
| la sobremesa | le moment passé à table après le repas | La sobremesa duró dos horas. |
Les horaires espagnols en quelques mots
- El desayuno — Le petit-déjeuner, souvent léger, complété en milieu de matinée par un café et une tartine (tostada).
- El almuerzo / la comida — Selon les régions, almuerzo désigne le casse-croûte de la matinée ou le déjeuner ; la comida, c’est le repas de midi, vers 14 heures.
- La merienda — Le goûter de fin d’après-midi.
- La cena — Le dîner, souvent après 21 heures.
Le saviez-vous ? On prête à l’écrivain Camilo José Cela une formule restée célèbre : la vraie sieste se ferait « de pijama, padre nuestro y orinal », en pyjama, après une prière et avec un pot de chambre à portée de main. Autrement dit : une vraie nuit en plein après-midi !
Notre conseil : si vous voyagez en Espagne, adaptez-vous aux horaires locaux plutôt que de les combattre. Déjeunez tard, dînez tard… et si l’occasion se présente, essayez-vous à la siesta : vous aurez au moins un mot de vocabulaire à raconter !


