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Le tango, la voix chantée de l’Argentine

Articles 7 octobre 2026 par telemartin.tv 4 min de lecture


Abrazo (l’enlacement), cabeceo (l’invitation à danser d’un signe de tête), compás (le rythme), milonguero (celui qui a vendu son âme au tango)… Ce petit lexique montre bien la passion qui anime les chanteurs, les danseurs et les amateurs de tango. Et si vous appreniez l’espagnol à travers le tango ? Pour Telemartin, trois passionnés nous ont expliqué ce qui se cache derrière cette musique considérée comme l’âme de l’Argentine… et de l’Uruguay.

Virginia Uva, César Agazzi et Pierre Carraud enseignaient alors le tango argentin au sein de l’association toulousaine Tangueando Toulouse, qui organise des cours et des bals dans la Ville rose. Voici leurs réponses, complétées de quelques repères historiques et du vocabulaire à connaître.

Quelle est la particularité du chant dans le tango ?

C’est un chant populaire, né d’un mélange de cultures. Les immigrants européens, très nombreux à Buenos Aires et à Montevideo à la fin du XIXe siècle, avaient besoin de s’exprimer. Celui qui a fait la synthèse et a donné ses lettres de noblesse au tango canción, le tango chanté, s’appelle Carlos Gardel. En Argentine, le 11 décembre est la Journée nationale du tango (Día Nacional del Tango), en hommage à la date de naissance de Gardel… et à celle du musicien Julio De Caro. Clin d’œil pour nos amis toulousains : selon la thèse la plus répandue, Gardel serait né à Toulouse, même si l’Uruguay revendique lui aussi sa naissance.

Le tango est-il un genre spécifiquement argentin ?

Pas seulement : le tango est né sur les deux rives du Río de la Plata, entre l’Argentine et l’Uruguay, à la fin du XIXe siècle. C’est d’ailleurs au nom des deux pays qu’il a été inscrit en 2009 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Buenos Aires est la ville où il a le plus grandi, avec un âge d’or dans les années 1930 et 1940. Les racines espagnoles, italiennes et, dans une moindre mesure, françaises l’ont façonné, ainsi que des influences africaines, à travers le candombe et la population afro-descendante du Río de la Plata.

Est-ce qu’il y a encore aujourd’hui des chanteurs de tango ?

Le tango ne s’est jamais démodé. De jeunes chanteurs perpétuent la tradition en la modernisant, et les artistes de tango restent très nombreux en Argentine comme en Uruguay.

Existe-t-il une rythmique propre à cette danse ?

Oui, et elle a évolué. Les premiers tangos sont souvent notés en deux temps, puis le rythme s’est transformé au fil des décennies, avec des orchestres plus étoffés. Plus tard, le bandonéoniste Astor Piazzolla a profondément renouvelé le genre avec le nuevo tango, en y mêlant des influences classiques et jazz.

Faut-il avoir l’accent argentin pour chanter correctement le tango ?

On trouve bien des ténors italiens qui chantent en allemand à l’opéra ! Mais pour l’interprétation, c’est plus difficile quand on ne maîtrise pas les subtilités de l’espagnol du Río de la Plata. Le tango n’est pas seulement une musique, c’est une culture très attachée à Buenos Aires et à Montevideo, avec une forte charge émotionnelle. Pour un chanteur européen, c’est comme demander à un musicien classique de jouer du jazz du jour au lendemain : le feeling est déterminant.

Côté prononciation, l’accent argentin a quelques particularités faciles à repérer : le z et le c (devant e et i), prononcés comme le th anglais dans une grande partie de l’Espagne, se disent ici comme un s ; le ll et le y se prononcent « ch » ou « j » (calle sonne « cache ») ; et la jota est plus douce qu’en Espagne.

Le tango requiert-il une technique vocale particulière ?

Certaines choses s’apprennent, d’autres se ressentent. Quelqu’un qui maîtrise le chant lyrique aura plus de facilités, mais il ne doit surtout pas chanter comme à l’opéra : le tango reste un chant populaire, qui se partage. L’essentiel est de comprendre ce que l’on chante. L’interprète est au service de son texte.

De quoi parlent les chansons de tango ?

Le public connaît l’aspect romantique, mais le tango parle aussi de solitude, de nostalgie, de jeunesse perdue, de la mort, et porte souvent un regard social et politique. Enrique Santos Discépolo, auteur notamment de Cambalache, est l’un des poètes et compositeurs de tango les plus reconnus en Argentine. Beaucoup de textes sont écrits en partie en lunfardo, l’argot de Buenos Aires.

Pourquoi aller en Argentine écouter du tango ?

Parce que c’est là que se trouve la source de cette musique. Le tango est omniprésent à Buenos Aires : dans les rues, les cafés, les milongas (les bals).

Le vocabulaire du tango

MotTraduction
La milongaLe bal de tango (et un genre musical voisin)
El abrazoL’enlacement, la position des danseurs
El cabeceoL’invitation à danser par un signe de tête
La tandaLa série de morceaux dansés avec le même partenaire
El bandoneónLe bandonéon, l’instrument roi du tango
El compásLa mesure, le rythme
Bailar / cantarDanser / chanter

Et quelques mots de lunfardo que vous entendrez dans les chansons : mina (une femme), pibe (un gamin), laburo (le travail), bulín (la garçonnière).

Notre conseil : choisissez un tango que vous aimez, cherchez le texte et traduisez-le vers par vers. Les chansons de tango sont lentes et très articulées : un excellent moyen de travailler votre compréhension orale et de découvrir le lunfardo.

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