C’est le Pérou ! Oui, c’est bien du Pérou qu’il s’agit dans cet article. De retour d’un voyage là-bas, j’ai sélectionné pour vous 10 expressions vraiment typiques de l’espagnol péruvien, celles que vous entendrez dans la rue à Lima, dans les bus de Cusco ou à la table d’un restaurant. Et comme les Péruviens sont des champions de la cuisine, beaucoup de ces expressions viennent… de l’alimentation. Logique !
En bref : au Pérou, un ami se dit pata ou causa, une fête est un tono, une bière une chela, travailler se dit chambear, et s’inquiéter paltearse. Ces mots sont familiers : parfaits entre amis, à éviter dans un contexte formel.
L’espagnol du Pérou a la réputation d’être clair et assez lent, ce qui en fait une excellente destination pour les apprenants. Mais l’argot local, qu’on appelle la jerga, peut dérouter : il mélange des mots quechuas, des images tirées de la cuisine et des tournures nées dans les quartiers populaires de Lima. Voici de quoi survivre à vos premières conversations.
Les 10 expressions espagnoles typiques du Pérou
Expression #1 : Ser del otro equipo
Une façon détournée de dire qu’une personne est homosexuelle. L’expression est comprise dans une bonne partie du monde hispanophone, pas seulement au Pérou. Elle reste familière et peut être perçue comme moqueuse selon le ton : mieux vaut la comprendre que l’utiliser.
« ¿Y su hermano? — Creo que es del otro equipo. » — « Et son frère ? — Je crois qu’il est gay. »
Expression #2 : Paltear
En Amérique du Sud, l’avocat ne s’appelle pas aguacate comme en Espagne ou au Mexique, mais palta. Au Pérou, une palta est aussi une situation gênante, et paltearse veut dire s’inquiéter, paniquer ou se sentir mal à l’aise. On entend aussi ¡qué palta!, « quelle honte ! », « quelle situation gênante ! ».
« ¡No te paltees, que no es tan grave! » — « T’inquiète pas, ce n’est pas si grave ! »
Expression #3 : Ayer tuve un tonazo
Au Pérou, un tono est une fête, une soirée. Avec le suffixe augmentatif -azo, le tonazo devient une fête mémorable. Ce suffixe est très productif en espagnol : un golazo (un but magnifique), un cochazo (une super voiture).
« El sábado hay un tono en la casa de Lucho. » — « Samedi, il y a une fête chez Lucho. »
Expression #4 : Es mi pataza, es mi pata
Le mot le plus péruvien qui soit pour parler d’un ami proche, d’un ami d’enfance, d’un amigo del alma. Pata s’emploie au masculin comme au féminin, et pataza renforce encore l’idée : c’est un ami à la vie, à la mort. Le diminutif patita est affectueux.
« Me voy de fiesta con mis patas. » — « Je sors faire la fête avec mes potes. »
Expression #5 : Es mi causa, mi causita
Encore un mot pour dire « ami ». On le rapproche souvent de la causa limeña, un plat typique de Lima à base de purée de pomme de terre jaune, de piment ají amarillo et de citron vert, garnie de thon, de poulet ou d’avocat. L’origine exacte du mot reste toutefois discutée. Entre amis, on s’interpelle volontiers ainsi : « ¿Qué tal, causa? »
« Tranquilo, causita, yo te ayudo. » — « T’inquiète, mon pote, je vais t’aider. »

Expression #6 : ¿Cuál es tu tacu tacu?
Une formule qui joue sur le nom du tacu tacu, un plat populaire d’origine afro-péruvienne fait de riz et de haricots de la veille, poêlés ensemble. Elle est moins répandue que les autres expressions de cette liste : la version que tout le monde comprend reste ¿cuál es tu problema?
« Oye, ¿cuál es tu problema? » — « Hé, c’est quoi ton problème ? »
Expression #7 : ¡Qué buenas yucas!
La yuca, c’est le manioc, un tubercule consommé dans toute l’Amérique latine. Au Pérou, en argot, les yucas désignent… les jambes, surtout quand elles sont robustes. Avec un peu d’imagination, on comprend l’image ! Un compliment douteux, à réserver aux plaisanteries entre amis.
Expression #8 : Vamos a tomar unas chelitas
La chela, c’est la bière, et chelita son diminutif sympathique. Le mot est très courant au Pérou, mais aussi au Mexique, au Chili ou en Équateur. En Espagne, on dirait plutôt vamos a tomar unas cañas.
« ¿Unas chelitas después del trabajo? » — « Quelques bières après le boulot ? »
Expression #9 : Estoy asado
Au Pérou, estar asado ou asarse signifie être énervé, fâché. L’image est la même qu’en français quand on dit que quelqu’un « bout » de colère.
« Estoy asado porque he llegado tarde al trabajo. » — « Je suis énervé parce que je suis arrivé en retard au boulot. »
« ¿Por qué te asas? » — « Pourquoi tu t’énerves ? »
Expression #10 : Voy a chambear
Chambear veut dire travailler, et la chamba, c’est le boulot. Le mot est aussi très utilisé au Mexique et dans plusieurs pays d’Amérique centrale. En Espagne, l’équivalent familier serait currar et el curro.
« Mañana no puedo, tengo que chambear. » — « Demain je ne peux pas, je dois bosser. »
Quelques autres mots de la jerga péruvienne
Pour compléter votre kit de survie, voici d’autres mots que vous entendrez très souvent au Pérou :
- Bacán — « Génial », « super » : ¡Qué bacán! (aussi au Chili).
- Al toque — « Tout de suite », « en un rien de temps ».
- Jato — La maison, « la piaule » : vamos a mi jato.
- Chibolo, chibola — Un gamin, un ado.
- Pituco — Bourge, snob.
- Habla — Formule de salutation entre amis, l’équivalent de « salut ! ».
En résumé
| Expression péruvienne | Sens | Équivalent en Espagne |
|---|---|---|
| Paltearse | S’inquiéter, paniquer | Agobiarse, rayarse |
| Un tono / un tonazo | Une fête / une grosse fête | Una fiesta, un fiestón |
| Pata, causa | Ami, pote | Colega, tío |
| Chela | Bière | Caña, birra |
| Estar asado | Être énervé | Estar cabreado |
| Chambear | Travailler | Currar |
| Yucas | Jambes (argot) | Piernas |
Notre conseil : au Pérou, lancer un « ¿Qué tal, causa? » ou un « ¡Qué bacán! » au bon moment vous vaudra immédiatement un sourire. Mais n’en faites pas trop : avec un inconnu, un policier ou une personne âgée, restez sur un espagnol standard et poli, avec usted.



