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La semaine sainte à Séville : rencontre avec des capillitas

Articles 7 octobre 2026 par telemartin.tv 5 min de lecture


Vous le savez peut-être déjà : la Semaine sainte de Séville est l’un des événements les plus attendus de l’année en Espagne. Du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques, en mars ou en avril selon les années, elle attire une foule de visiteurs dans la capitale andalouse. Mais cette fête religieuse est-elle vraiment réservée aux croyants ?

Pour en savoir plus, nous avons rencontré deux jeunes capillitas, le surnom des passionnés de la Semaine sainte. Manuel, 19 ans, et Adrián, 20 ans, étudiants en tourisme, sont originaires de Castilleja del Campo et d’Olivares, deux villages de la province de Séville. Des questions personnelles au vocabulaire technique, ils nous disent tout.

Depuis quand la Semaine Sainte est-elle si importante pour vous ? Qui vous a transmis cette passion ?

Manuel : depuis tout petit. Ma mère est membre d’une confrérie et m’a transmis cet amour de la Semaine sainte.
Adrián : j’appartiens depuis toujours au monde des confréries, dans mon village et à Séville. C’est un héritage : des grands-parents aux parents, des parents aux enfants.

Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Adrián : je suis catholique, donc la religion compte, tout comme la dévotion envers les images du Christ et de la Vierge et le patrimoine artistique. Mais la tradition pèse énormément : beaucoup de Sévillans non croyants défilent quand même, par fidélité à leur famille.
Manuel : pareil pour moi : la foi, et la transmission de génération en génération.

Vous n’êtes pas de Séville même, vous vous déplacez quand même tous les ans pour la Semaine Sainte ? Y a-t-il aussi des confréries dans vos villages ?

Adrián : oui : je vais à Séville jusqu’au mercredi, puis je vis la fin de la semaine à Olivares.
Manuel : mes racines sont à Huévar, le village de ma mère, où j’ai longtemps défilé comme nazareno.

Quelle est votre confrérie préférée et pourquoi ?

Manuel : en dehors des deux « reines » de Séville, la Esperanza de Triana et la Esperanza Macarena, je choisirais La Sed.
Adrián : j’appartiens à celle du Cristo de Burgos, et je suis très dévoué à La Macarena.

En général, les gens ont une préférence entre les représentations du Christ et les représentations de la Vierge, et vous ?

Tous les deux préfèrent les Vierges, « selon la confrérie », nuance Adrián.

Vous préférez être acteur ou spectateur de la Semaine Sainte ?

Manuel : spectateur, ces dernières années : c’est plus pratique pour voir un maximum de processions.
Adrián : les deux ! Participer compte beaucoup pour moi, mais certains jours, je regarde comme tout le monde.

Et les enfants dans tout ça ?

Adrián : dans les confréries de quartier très populaires, les enfants défilent et ont leurs propres groupes. Dans les confréries de deuil, silencieuses, ils ne défilent pas mais participent aux activités le reste de l’année.
Manuel : ce sont eux qui feront vivre la tradition demain.

La tradition de la boule de cire, c’est quoi ?

Adrián : les enfants tendent une boule de papier d’aluminium aux nazarenos, qui y font couler la cire fondue de leur cierge. D’année en année, la boule grossit.
Manuel : j’ignore d’où ça vient, mais c’est très typique de Séville, et les enfants l’attendent avec impatience.

Quelques questions sur les nazarenos…

Nazarenos dans une procession à Séville

À quoi sont dus ces costumes ?

Adrián : la tenue comprend une tunique et un antifaz (la cagoule) posé sur le capirote, un haut cône qui symbolise l’élévation vers Dieu, comme les flèches des cathédrales gothiques. Selon lui, la confrérie del Silencio, qui sort pendant la Madrugada, aurait été la première à faire défiler des nazarenos.

Beaucoup de touristes sont intimidés par les nazarenos à cause de leur ressemblance avec les costumes du Ku Klux Klan, vous confirmez que ça n’a rien à voir, n’est-ce pas ?

Réponse unanime : aucun lien.

Pourquoi tous les costumes ne sont pas de la même couleur ?

Adrián : les confréries de deuil et de silence s’habillent en noir. Pour les autres, la couleur dépend de leur histoire ou de leur symbolique, par exemple le vert de l’espérance pour certaines confréries de l’Esperanza.

Quelques questions sur les fanfares…

Fanfare d'une procession à Séville

Qu’apportent les fanfares aux processions ?

Manuel : la Semaine sainte se vit avec les cinq sens : le goût (les torrijas), l’odorat (l’encens)… et l’ouïe, grâce aux fanfares.
Adrián : la musique porte l’émotion. Certains viennent même davantage pour la fanfare que pour la confrérie !

Vous imaginez une procession sans fanfare ?

Adrián : bien sûr, il en existe, comme El Gran Poder, qui émeut sans musique.

Si vous deviez choisir une seule marche de Semaine Sainte ?

Pour Adrián, Soleá, dame la mano :

Pour Manuel, Mi Amargura :

Les aspects touristiques de la Semaine Sainte…

Pourquoi pensez-vous que c’est une ressource importante pour le tourisme ?

Adrián : pendant une semaine, Séville devient un musée à ciel ouvert, gratuit, du matin jusque tard dans la nuit, avec des sculptures parfois vieilles de plusieurs siècles.

Procession de la Semaine sainte à Séville

Pensez-vous qu’une personne qui ne partage pas la religion chrétienne peut apprécier et être émue par la Semaine Sainte ?

Oui, sans hésiter : l’émotion des Sévillans se communique, croyant ou non.

Quelle est la différence entre « paso », « hermandad » et « procesión » ?

Adrián : le paso est la structure de bois sculpté qui porte les statues du Christ ; celui de la Vierge, en orfèvrerie et surmonté d’un dais, s’appelle palio. La procesión, c’est la sortie elle-même, de l’église à la cathédrale et retour. La hermandad, c’est la confrérie, l’ensemble des membres qui la font vivre.
Manuel : elle est dirigée par une Junta de Gobierno élue, qui choisit par exemple la fanfare ou les fleurs.

Si vous deviez me conseiller de voir une seule procession ?

Adrián : la nuit de la Madrugada, avec la Macarena, exubérante, ou El Gran Poder, plus austère.
Manuel : le dimanche des Rameaux, ou la Esperanza de Triana et La Sed.

Le vocabulaire de la Semana Santa

EspagnolSens
La hermandad / la cofradíaLa confrérie et ses membres
El pasoLe char porté où sont placées les statues
El palioLe char de la Vierge, sous un dais
La procesiónLe défilé jusqu’à la cathédrale et retour
El costaleroPorteur caché sous le paso
La MadrugadaLa nuit du Jeudi au Vendredi saint
Domingo de RamosDimanche des Rameaux
La saetaChant flamenco improvisé au passage d’un paso

Notre conseil : renseignez-vous sur les itinéraires (los recorridos) avant de sortir, et soyez patient dans la foule. Murmurez ¡qué bonito! : vos voisins sévillans apprécieront.

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