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Je suis allé aux sources de la langue espagnole

Accents d'Espagne et d'ailleurs 7 octobre 2026 par telemartin.tv

Pour un projet qui s’appelle « telemartin.tv, l’accent sur l’espagnol », ne pas aller aux sources de la langue espagnole aurait été une erreur. J’y pensais depuis des années : cette fois, c’est fait ! Je vous emmène dans la région viticole de La Rioja, à San Millán de la Cogolla, là où l’on a retrouvé certaines des toutes premières traces écrites de l’espagnol.

Sur place, j’ai pu interviewer la personne avec qui j’échangeais depuis plusieurs années à propos des origines de la langue espagnole. Une rencontre passionnante, dans un décor qui l’est tout autant.

Contexte

Depuis que j’ai lancé telemartin.tv, ces questions me taraudaient. Où sont apparues les premières traces de la langue espagnole ? Qu’est-ce qui a déclenché le passage du latin à l’espagnol ? Ces premières traces ressemblent-elles à l’espagnol d’aujourd’hui ? Que s’est-il passé à San Millán de la Cogolla, et pourquoi dans ce monastère ? Qui a écrit ces premiers mots ? Et la langue existait-elle à l’oral bien avant de s’écrire ?

Pour cette dernière question, la réponse est oui : pendant des siècles, les gens parlaient une langue romane issue du latin populaire, tandis que l’écrit restait réservé au latin. Les premières traces écrites de cette langue parlée sont donc précieuses, car elles montrent une langue déjà bien vivante.

San Millán de la Cogolla

San Millán de la Cogolla, berceau de l’espagnol écrit

Si vous vous intéressez à l’histoire de la langue espagnole, San Millán de la Cogolla est une étape incontournable. Ce petit village de La Rioja abrite deux monastères qui ont joué un rôle essentiel dans les premières traces écrites de la langue.

Les Glosas Emilianenses

Les Glosas Emilianenses sont de petites annotations écrites dans les marges et entre les lignes d’un manuscrit en latin, copié au monastère. Un moine y a ajouté des explications pour rendre le texte latin plus compréhensible, parfois dans la langue romane qu’on parlait alors dans la région. Ces notes sont généralement datées entre la fin du Xe et le XIe siècle. Elles sont considérées comme l’un des plus anciens témoignages écrits d’une langue romane proche du castillan, même si les spécialistes discutent encore de leur datation exacte et de la variété de langue qu’elles reflètent.

Fait remarquable : le même manuscrit contient aussi deux gloses en basque, parmi les plus anciennes phrases écrites dans cette langue. Le manuscrit original est aujourd’hui conservé à Madrid, à la Real Academia de la Historia.

Visite des monastères de San Millán de la Cogolla

Suso et Yuso, deux monastères classés par l’UNESCO

  • Suso (« celui d’en haut ») — Le plus ancien, accroché à la montagne et en partie creusé dans la roche, à l’endroit où vivait l’ermite saint Millán. Il mêle des éléments wisigothiques, mozarabes et romans.
  • Yuso (« celui d’en bas ») — Un vaste ensemble reconstruit principalement entre le XVIe et le XVIIIe siècle, parfois surnommé « l’Escorial de La Rioja ».

Les deux monastères sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997. Petite leçon de vocabulaire au passage : suso et yuso sont des adverbes du vieil espagnol qui signifiaient « en haut » et « en bas ». Ils ont disparu de la langue courante, remplacés par arriba et abajo.

Le monastère de San Millán

Gonzalo de Berceo, le premier poète connu

Né à la fin du XIIe siècle dans le village voisin de Berceo et lié au monastère, Gonzalo de Berceo est le premier poète de langue castillane dont on connaisse le nom. Son œuvre la plus célèbre, les Milagros de Nuestra Señora, est écrite en cuaderna vía, des strophes de quatre vers de quatorze syllabes. Il revendiquait d’écrire en « román paladino, en qual suele el pueblo fablar con so vezino », c’est-à-dire dans la langue que le peuple parle avec son voisin.

Remarquez au passage fablar : c’est l’ancêtre de hablar. Le f latin initial (fabulare) est devenu un h, aujourd’hui muet. Même chose pour hijo (du latin filius) ou hacer (de facere) : une évolution typique du castillan, que le français n’a pas connue (fils, faire).

Comment visiter

Les monastères se visitent avec un guide. L’accès à Suso se fait généralement en navette depuis Yuso, avec un nombre de places limité : il est donc prudent de réserver à l’avance, surtout en été. Profitez-en pour découvrir les vignobles de La Rioja et la ville voisine de Nájera.

San Millán de la Cogolla, La Rioja

Notre conseil : avant votre visite, lisez quelques vers de Berceo à voix haute. Vous serez surpris de tout ce que vous comprenez déjà : l’espagnol du XIIIe siècle est beaucoup plus proche de l’espagnol moderne que l’ancien français ne l’est du français actuel.

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