Il existe des endroits en Europe où siffler ne sert pas seulement à appeler son chien. Aux Canaries, sur l’île de La Gomera, on a longtemps sifflé à travers les ravins pour communiquer d’une montagne à l’autre, comme on utiliserait aujourd’hui un téléphone portable. Ce langage sifflé, le silbo gomero, a bien failli disparaître. Découvrez comment il fonctionne, pourquoi il a survécu… et le vocabulaire espagnol pour en parler.
4 consonnes et 2 voyelles, c’est l’alphabet du langage sifflé des Canaries !
Recourbez la langue, placez un doigt dans la bouche, soufflez… Un son aigu et puissant sort de vos lèvres ? Vous êtes prêt à découvrir La Gomera, dans l’archipel des Canaries. Car là-bas, on ne se contente pas de parler espagnol : on peut aussi le siffler.
Le silbo n’est pas un code secret ni une langue à part : c’est de l’espagnol sifflé. Le siffleur reproduit la mélodie et le rythme de la langue parlée en remplaçant les sons par des variations de hauteur et de durée. Les linguistes le décrivent généralement avec deux « voyelles » sifflées (un son aigu et un son grave) et quatre « consonnes », qui suffisent, avec le contexte, à transmettre des phrases entières. À l’origine, les premiers habitants de l’île, avant la conquête castillane, sifflaient déjà leur propre langue ; le silbo s’est ensuite adapté à l’espagnol.
Un langage né des montagnes
La Gomera est une petite île volcanique, découpée par de profonds ravins, les barrancos. Pendant des siècles, l’activité économique s’y est limitée à l’agriculture et à l’élevage, et se déplacer d’un versant à l’autre prenait des heures. Le silbo permettait de transmettre une information à des kilomètres de distance : prévenir un berger parti avec son troupeau, appeler quelqu’un pour le repas, annoncer une nouvelle ou signaler un danger.
Avec l’arrivée des routes, du téléphone puis des portables, le silbo a failli s’éteindre. Pour le sauver, son apprentissage a été introduit à l’école sur l’île à la fin des années 1990, et il a été inscrit en 2009 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Aujourd’hui, les enfants de La Gomera l’apprennent en classe, et des démonstrations sont proposées aux visiteurs.
D’autres langues sifflées dans le monde
La Gomera n’est pas un cas unique. En Grèce, dans le village d’Antia, sur l’île d’Eubée, quelques habitants maintiennent tant bien que mal une tradition de grec sifflé. Plus près de la France, dans la vallée d’Ossau, le village d’Aas (Pyrénées-Atlantiques) était connu pour ses bergers siffleurs, qui sifflaient le béarnais ; une association s’attache à faire revivre cette pratique. On trouve aussi des langues sifflées en Turquie, en Afrique de l’Ouest, en Amazonie ou encore au Mexique, chez les Mazatèques. Partout, le principe est le même : dans les régions de montagne ou de forêt dense, le sifflement porte bien plus loin que la voix.
Au fond, le langage sifflé, c’est un juste milieu entre le crieur public d’autrefois et nos messageries modernes : plus mélodieux que le tambour du village et plus chaleureux qu’un écran. Mais face aux smartphones, aux réseaux sociaux et aux messages qui traversent la planète en une seconde, ces traditions ont besoin d’être protégées.
Le vocabulaire du sifflement en espagnol
| Espagnol | Français | Exemple |
|---|---|---|
| silbar | siffler (avec la bouche) | Sabe silbar una canción. |
| el silbido | le sifflement | Se oyó un silbido. |
| el silbador | le siffleur | Es el mejor silbador de la isla. |
| pitar | siffler (avec un sifflet) ; huer | El árbitro pitó el final. |
| el barranco | le ravin | Silbaba de un barranco a otro. |
| el pastor | le berger | El pastor cuida las cabras. |
Attention au contexte : dans un stade ou une salle de spectacle espagnole, pitar ou silbar signifie huer, montrer son mécontentement. « El público pitó al árbitro » : « Le public a sifflé l’arbitre. » Pour applaudir, on dit aplaudir… tout simplement !
Notre conseil : si vous passez par Tenerife, La Gomera n’est qu’à une courte traversée en ferry. Prenez le temps d’écouter une démonstration de silbo : c’est une façon étonnante de comprendre que l’espagnol, c’est d’abord une musique, avec son rythme et sa mélodie.


