La dernière personne à parler la langue de son ethnie, le Yagan…

Société 16 avril 2019 par telemartin.tv |


Cristina Calderon a 89 ans et est la dernière personne à parler la langue de son ethnie, le Yagan. Elle a été déclarée en 2009 «trésor humain vivant» par l’Unesco.

Décidément le Chili a la cote auprès de l’équipe de telemartin.tv…Après avoir rencontré une famille française enthousiasmée par son expatriation dans la capitale du pays des empanadas, voilà notre curiosité attirée par l’extrême Sud du Chili. Là-bas, une femme, Cristina Calderon, 89 ans a été déclarée en 2009 «trésor humain vivant» par l’Unesco.

Non Cristina Calderon n’est pas une femme en or, elle n’a pas non plus des ongles en diamant de plusieurs carats. Ce qui fait la valeur de Cristina Calderon n’est pas monnayable, mais le jour où elle quittera notre Terre, elle emmènera probablement son patrimoine avec elle. Car si Cristina Claderon un « trésor humain vivant » pour l’Unesco, c’est qu’elle est la dernière personne à parler la langue du peuple yagan, ethnie indigène de la Terre de feu chilienne, et que personne, après elle, ne pourra la transmettre.

Le peuple Yagan, arrivé sur le continent américains 4.000 ans avant JC

C’est un peuple de marins nomades. Les Yagans vivaient jusqu’au milieu du XIXème siècle à moitié nus au bord des mers agitées de la pointe Sud du continent américain. D’île en île, les femmes étaient chargées de construire les maisons et de maintenir le feu pendant que les hommes chassaient les animaux marins pour nourrir la famille et tirer de la graisse dont ils s’enduisaient le corps pour résister au froid.

Petite ethnie s’il en est, les 3.000 Yagans ont fait preuve d’une forme de résistance pour parvenir à conserver leurs coutumes au moment de la colonisation de l’Amérique latine par des Européens aux XVIème et XVIIème siècles. Mais depuis la fin du XIXème siècle, l’influence occidentale s’est faite ressentir et petit à petit les Yagans ont laissé de côté leurs traditions, jusqu’à ne plus pêcher et porter des vêtements, comme les colons. A en croire l’Unesco, ces transformations du mode de vie des Yagans devaient irrémédiablement entraîner la mort de leur langue : « Les migrations accrues et l’urbanisation rapide s’accompagnent souvent de la perte des modes de vie traditionnels et d’une forte pression en faveur de l’utilisation d’une langue dominante ». Conséquence directe de la domination européenne sur l’ethnie Yagan : en 2017, Crisitina Calderon, 89 ans, devient la dernière personne à parler le Yagan dans le monde.

Alors on se pose la question : Faut-il se préoccuper de la disparition des langues ? Car finalement, ne serait-ce pas plus simple que tout le monde parle la même langue ?  L’Unesco apporte une fois de plus son éclairage : « L’extinction d’une langue entraîne la perte irrémédiable du savoir culturel unique qu’elle a représenté pendant des siècles, notamment de connaissances historiques, spirituelles et environnementales qui peuvent être indispensables à la survie non seulement de ses locuteurs, mais aussi d’innombrables autres personnes ». Autrement dit une langue, un dialecte ne sert pas uniquement à acheter du pain ou à parler de météo. Non, une langue reflète une civilisation avec une histoire, une culture, des valeurs et une philosophie qui lui sont propres. Et l’Unesco d’illustrer son propos par un texte en evenki (langue parlée en Asie par environ 19.000 personnes) du poète Alitet Nemtushkin :

“Si j’oublie ma langue natale
Et les chansons que mon peuple chante
À quoi me servent mes yeux et mes oreilles ?
À quoi me sert ma bouche ?
Si j’oublie l’odeur de la terre
Et ne lui suis pas utile
À quoi me servent mes mains ?
Pourquoi vis-je dans le monde ?
Comment puis-je croire à l’idée insensée
Que ma langue est faible et pauvre
Si les derniers mots de ma mère
Ont été en evenki ? »

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