Des personnages qui entendent des voix, des fantômes qui rôdent, des zombies qui surgissent ou des morts que la science n’explique pas : depuis la fin des années 1990, l’Espagne et l’Amérique latine ont donné naissance à des réalisateurs qui terrorisent les spectateurs du monde entier, au point qu’Hollywood leur a confié les clés de ses studios. Autopsie du phénomène à travers cinq films emblématiques… et le vocabulaire de la peur en espagnol.
Les Autres
Dans Los otros (2001), Nicole Kidman incarne Grace, une femme sans nouvelles de son mari parti au front. Nous sommes en 1945 et Grace vit, retirée dans un grand manoir, avec ses deux enfants atteints d’une maladie rare : ils ne supportent pas la lumière du jour. Bientôt, elle entend des voix, aperçoit des ombres… La maison est-elle hantée ? Grace devient-elle folle ? Alejandro Amenábar, cinéaste hispano-chilien formé à Madrid, utilise tous les codes de l’épouvante (l’attente, les portes qui grincent, les visages hallucinés) avant un retournement final devenu culte, que nous ne dévoilerons pas. Son film précédent, Abre los ojos (« Ouvre les yeux »), avait déjà eu droit à un remake américain, Vanilla Sky, avec Penélope Cruz dans les deux versions. Récompensé par huit Goya, l’équivalent espagnol des César, Los otros a ouvert la voie à de nombreux réalisateurs espagnols aux États-Unis.

Esther
Après la perte d’un bébé, un couple adopte Esther, une fillette de 9 ans. Très vite, l’enfant se montre étrange : bien plus mûre que son âge, et entourée d’accidents de plus en plus graves. La mère adoptive se met à enquêter sur son passé… Avec Esther (Orphan, 2009, sorti en Espagne sous le titre La huérfana), le réalisateur catalan Jaume Collet-Serra installe un malaise durable : cette orpheline, qui devrait inspirer la compassion, suscite le rejet et la peur. Le film a d’ailleurs été critiqué par des associations craignant qu’il donne une mauvaise image de l’adoption.
Rec
Le renouveau du film de zombies. Dans [REC] (2007), Jaume Balagueró et Paco Plaza suivent une journaliste de télévision qui tourne un reportage sur une caserne de pompiers de Barcelone. Un appel les envoie dans un immeuble où des habitants, pris d’une rage inexplicable, attaquent tout le monde, avant que les autorités ne placent l’immeuble en quarantaine. Tout est filmé en caméra subjective, comme un documentaire, et les comédiens recevaient le moins d’indications possible pour rester spontanés. Résultat : un grand succès en Espagne, de nombreux prix, trois suites et un remake américain, Quarantine. La bande-annonce, qui ne montrait que les visages terrifiés de spectateurs en salle, est restée célèbre.
Buried
Un tour de force. Imaginez un film d’une heure et demie qui se déroule entièrement dans un cercueil : c’est le défi relevé par le Galicien Rodrigo Cortés avec Buried (2010). Ryan Reynolds y joue un chauffeur routier américain travaillant en Irak, qui se réveille enterré vivant avec un briquet et un téléphone portable presque déchargé. Avec un oxygène qui s’épuise, une course contre la montre commence. La caméra ne quitte jamais le visage du héros, jusqu’à un final glaçant. Rarement un film avait osé une unité de lieu aussi étroite. Claustrophobes, s’abstenir !
Le labyrinthe de Pan
Guillermo del Toro n’est pas espagnol mais mexicain : c’est pourtant l’un des grands ambassadeurs du cinéma en langue espagnole. El laberinto del fauno (2006) se déroule en 1944, cinq ans après la fin de la guerre d’Espagne. Le pays est sous la coupe de Franco et les derniers républicains se cachent dans les montagnes. Ofelia, la belle-fille d’un capitaine franquiste sanguinaire, est entraînée par un faune dans un monde parallèle et merveilleux, où elle doit relever trois épreuves. Ce monde imaginaire répond à la brutalité de la dictature : c’est le combat de l’imagination contre la violence des hommes. Couronné de sept Goya et de trois Oscars, c’est sans doute l’un des films les plus envoûtants du cinéma hispanique.
Le vocabulaire de l’horreur en espagnol
| Espagnol | Français | Exemple |
|---|---|---|
| una película de terror | un film d’horreur | Me encantan las películas de terror. |
| dar miedo | faire peur | Esta casa da miedo. |
| pasar miedo | avoir peur (pendant un moment) | Pasé mucho miedo con [REC]. |
| un susto | une frayeur | ¡Qué susto! |
| un fantasma | un fantôme | Hay un fantasma en la casa. |
| enterrado vivo | enterré vivant | Despierta enterrado vivo. |
| un escalofrío | un frisson | Me da escalofríos. |
Notre conseil : regardez ces films en version originale espagnole quand elle existe (Los otros a été tourné en anglais, mais [REC] et El laberinto del fauno sont en espagnol). Les dialogues des films d’horreur sont souvent courts et répétitifs : idéal pour progresser… si vous arrivez à garder les yeux ouverts !


