Entre Tanger, Tétouan, Chefchaouen et Larache, l’espagnol n’est jamais très loin. On le voit sur des façades, on l’entend parfois dans la rue, on le retrouve dans les noms d’institutions. Voici d’où vient cet héritage, où le repérer aujourd’hui et quelques phrases pour en profiter pendant votre visite.
En bref : de 1912 à 1956, le nord du Maroc a été placé sous protectorat espagnol, avec Tétouan pour capitale. Tanger, elle, a eu un statut international à part de 1925 à 1956. Ce passé, et des liens bien plus anciens avec l’Andalousie, expliquent qu’on y trouve encore des quartiers à l’espagnole, des lieux de culture espagnols et beaucoup d’habitants qui comprennent l’espagnol.
Un peu d’histoire : protectorat et zone internationale
Le protectorat espagnol au Maroc est établi par un traité entre la France et l’Espagne signé le 27 novembre 1912. Dès 1913, Tétouan en devient la capitale, et le reste jusqu’en 1956, année où le Maroc retrouve son indépendance et son unité.
Tanger suit un chemin différent. Une convention signée à Paris le 18 décembre 1923 par la France, l’Espagne et le Royaume-Uni crée la « zone internationale de Tanger », qui entre en vigueur le 1er juin 1925. L’espagnol y est l’une des trois langues officielles, avec le français et l’arabe. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des troupes espagnoles occupent la ville, du 14 juin 1940 à octobre 1945. Enfin, un protocole signé le 29 octobre 1956 rend Tanger pleinement au Maroc.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1471 | Fondation de Chefchaouen par Ali ibn Rachid al-Alami |
| 27 novembre 1912 | Traité franco-espagnol : naissance du protectorat espagnol |
| 1913 | Tétouan devient la capitale du protectorat |
| 1er juin 1925 | Début de la zone internationale de Tanger |
| 1940-1945 | Occupation de Tanger par l’Espagne |
| 1956 | Fin du protectorat ; Tanger retrouve la pleine souveraineté marocaine (29 octobre) |
Une mention factuelle, pour être complet : Ceuta et Melilla, sur la côte méditerranéenne, sont aujourd’hui administrées par l’Espagne. Cet article s’intéresse aux villes marocaines du Nord.
Bien avant le protectorat : le lien avec l’Andalousie
L’histoire commune est beaucoup plus ancienne que le XXe siècle. Tétouan a été reconstruite à la fin du XVe siècle par des réfugiés musulmans et juifs venus de la péninsule Ibérique, au moment de la fin d’al-Andalus. Son lien avec Grenade est si fort qu’on la surnomme « la fille de Grenade ». On l’appelle aussi « la colombe blanche ». Sa médina est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997.
Chefchaouen, la célèbre ville bleue, a été fondée en 1471 par Ali ibn Rachid al-Alami. De nombreux musulmans andalous, des Morisques et des juifs d’Espagne et du Portugal s’y sont installés pendant et après la Reconquista. En octobre 1920, la ville est occupée par l’armée espagnole et rattachée au protectorat.
Si vous aimez cette Andalousie qui répond au Maroc d’une rive à l’autre, jetez un œil au ciel de Grenade avant de traverser.
Les traces à repérer aujourd’hui
1. El Ensanche de Tétouan
Sous le protectorat, l’administration espagnole construit de nouveaux quartiers hors des remparts de la médina. On les appelle l’Ensanche, littéralement « l’élargissement ». Passez de la médina à ces rues tracées au cordeau : le contraste raconte à lui seul les deux époques.
« ¿Por dónde se va al Ensanche? » — « Par où va-t-on à l’Ensanche ? »
2. La iglesia de Tétouan
L’église catholique de Tétouan, Notre-Dame-des-Victoires, a été construite pendant le protectorat espagnol. Elle est toujours en activité.
« ¿La iglesia está abierta hoy? » — « L’église est-elle ouverte aujourd’hui ? »
3. El Gran Teatro Cervantes
Construit en 1913 à l’initiative d’Esperanza Orellana, il est inauguré le 12 décembre de la même année. L’Espagne l’a ensuite donné au Maroc, et des travaux de restauration étaient en cours en 2023. Renseignez-vous sur place avant d’espérer entrer à l’intérieur.
« ¿Se puede visitar el teatro? » — « Peut-on visiter le théâtre ? »
4. El cementerio español de Larache
Face à l’Atlantique, Larache garde un cimetière dit « espagnol ». L’écrivain espagnol Juan Goytisolo y a été enterré en 2017, à côté de la tombe de Jean Genet. Un lieu calme, chargé de littérature, à visiter avec respect.
« ¿Dónde está el cementerio? » — « Où est le cimetière ? »
5. El Instituto Cervantes
L’Instituto Cervantes, organisme public espagnol chargé de diffuser la langue, a un centre à Tétouan et un autre à Tanger. Au Maroc, il est aussi présent à Rabat, Casablanca, Fès et Marrakech. À Tétouan, sa bibliothèque porte le nom du poète Vicente Aleixandre. Expositions et rencontres y sont régulières : un bon moyen d’entendre de l’espagnol en vrai.
« ¿Hay alguna actividad esta semana? » — « Y a-t-il une activité cette semaine ? »
L’espagnol dans la rue
À Tétouan, beaucoup d’habitants parlent encore l’espagnol, et il est très utilisé, comme le français, chez les professionnels. N’hésitez donc pas à vous lancer : on vous répondra souvent avec le sourire, parfois en mélangeant espagnol, darija et français. Si vous parlez darija, vous aurez un avantage : vous passerez d’une langue à l’autre comme les gens d’ici.
Un conseil : commencez toujours par une formule de politesse. Un « buenos días » ouvre plus de portes qu’une question posée directement.
Traverser le détroit
Le Nord est aussi la porte de l’Espagne. Deux liaisons sont très utilisées. D’après les comparateurs et les compagnies, la traversée prend :
- Tanger Ville – Tarifa : environ 1 heure. Le port est en ville, pratique sans voiture.
- Tanger Med – Algésiras : environ 1 h 30, selon la compagnie DFDS (« aproximadamente una hora y media »).
Les horaires changent selon la saison et la compagnie : vérifiez toujours avant de partir. Au guichet, ces mots servent : el billete (le billet), ida y vuelta (aller-retour), el puerto (le port), el barco (le bateau). Une fois en Andalousie, pensez à regarder la météo à Malaga ou la météo à Séville.
Encadré : les phrases d’espagnol utiles pour visiter le Nord
| En espagnol | En français | Quand l’utiliser |
|---|---|---|
| Buenos días / Buenas tardes | Bonjour / Bon après-midi | En entrant partout |
| ¿Habla usted español? | Vous parlez espagnol ? | Pour lancer la conversation |
| ¿Dónde está la medina? | Où est la médina ? | Pour s’orienter |
| ¿Cuánto cuesta? | Combien ça coûte ? | Au souk, au café |
| ¿A qué hora sale el barco? | À quelle heure part le bateau ? | Au port |
| Un billete de ida y vuelta, por favor. | Un aller-retour, s’il vous plaît. | Au guichet |
| ¿Me puede hacer una foto? | Vous pouvez me prendre en photo ? | À Chefchaouen, forcément |
| Más despacio, por favor. | Plus lentement, s’il vous plaît. | Quand ça va trop vite |
| Muchas gracias, muy amable. | Merci beaucoup, c’est très gentil. | Toujours |
Mini-test
1. Quelle ville était la capitale du protectorat espagnol ?
Tétouan, de 1913 à 1956.
2. Que veut dire Ensanche ?
« L’élargissement » : ce sont les quartiers construits hors de la médina sous le protectorat.
3. En quelle année Chefchaouen a-t-elle été fondée ?
En 1471.
4. Comment demander un aller-retour au port ?
« Un billete de ida y vuelta, por favor. »
Envie de tester vos connaissances sur l’autre rive ? Essayez notre quiz sur l’Espagne.
Sources
- simple.wikipedia.com/wiki/Spanish_Morocco
- en.wikipedia.org/wiki/Tangier_International_Zone
- en.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9touan
- en.wikipedia.org/wiki/Chefchaouen
- en.wikipedia.org/wiki/Grand_Mosque_of_Chefchaouen
- cervantes.org/es/instituto-cervantes-tetuan
- cervantes.org/es/instituto-cervantes-tanger
- elfarodeceuta.es/interior-historico-teatro-cervantes-tanger-recobra-vida
- es.euronews.com/2017/06/06/entierro-de-juan-goytisolo-en-larache
- ferryhopper.com/es/ferry-routes/direct/spain-tangier
- dfds.com/es-es/ferris-de-pasajeros/rutas-de-ferry/ferry-espana-marruecos/algeciras-tanger-


