Vous écoutez du reggaeton en boucle mais vous ne comprenez qu’un mot sur trois ? Rassurez-vous, même beaucoup d’Espagnols sont perdus ! Ce genre musical, né entre le Panama et Porto Rico, a son propre vocabulaire, largement venu de l’argot portoricain et de l’anglais. La signification de perreo, janguear, bellaco, corillo ou bichote : voici le vocabulaire du reggaeton expliqué mot par mot, avec le registre de chacun et des exemples (sans aucune parole de chanson, promis).
Avant de lire : le reggaeton parle beaucoup de fête, de danse… et de sexe. Quelques mots de cette page sont vulgaires ou font référence au trafic de drogue : nous le signalons à chaque fois. À comprendre en écoutant, à manier avec prudence en parlant.
Le reggaeton en deux mots
Le reggaeton puise ses racines dans le reggae en español chanté au Panama à partir de la fin des années 1980, puis dans la scène dite underground de Porto Rico dans les années 1990, qui mélangeait hip-hop, reggae et dancehall jamaïcain. Le succès mondial arrive au milieu des années 2000 avec Gasolina de Daddy Yankee, puis explose en 2017 avec Despacito de Luis Fonsi et Daddy Yankee (nous en avons décrypté le sens). Aujourd’hui, le genre est porté par des Portoricains comme Bad Bunny, mais aussi par des Colombiens de Medellín comme J Balvin, Maluma ou Karol G. Résultat : son vocabulaire mélange l’argot de Porto Rico, celui de Colombie et beaucoup d’anglais.
Le vocabulaire du reggaeton : les mots à connaître
Perreo / perrear
Le mot clé du genre. Le perreo est la danse du reggaeton, très sensuelle, où l’on danse collé, en bougeant les hanches. Le verbe perrear veut dire « danser le perreo ». Le nom vient de perro, « chien », à cause de la posture de certains pas… on vous laisse imaginer. Bad Bunny a même sorti un titre, Yo perreo sola (« Je danse seule »), qui revendique le droit des femmes à danser sans être importunées.
« Esta noche nos vamos a perrear. » — « Ce soir, on va danser (le perreo). »
Janguear / el jangueo
Un pur produit de Porto Rico, où l’espagnol et l’anglais se croisent tous les jours. Janguear, c’est sortir, traîner, faire la fête avec ses amis. Le jangueo, c’est la sortie, la virée nocturne. Le j espagnol reproduit le son du h anglais.
« ¿Vamos a janguear esta noche? » — « On sort ce soir ? »
Bellaco / bellaca, el bellaqueo
À Porto Rico et dans le reggaeton, estar bellaco (ou bellaca) signifie « être excité, avoir envie ». Le bellaqueo désigne l’ambiance chaude d’une soirée ou la danse très collée. C’est cru : ne l’utilisez pas hors contexte. Amusant : en Espagne, bellaco est un vieux mot littéraire qui veut dire « canaille, fripouille ». Un Espagnol peut donc comprendre tout autre chose !
Gata
Dans le reggaeton portoricain, une gata est une fille, une « nana ». Le mot n’est pas vulgaire en soi, mais il est assez macho selon le contexte. En France, on dirait « une meuf ».
Jevo / jeva
Le copain ou la copine, à Porto Rico, en République dominicaine et au Venezuela. On l’entend aussi pour parler d’une fille en général. Vous le verrez parfois écrit jeba.
« Te presento a mi jeva. » — « Je te présente ma copine. »
Corillo
Votre groupe d’amis, votre clique. Typiquement portoricain, l’équivalent du parche colombien.
« Llegó todo el corillo. » — « Toute la bande est arrivée. »
Bichote / bichota
À Porto Rico, le bichote est à l’origine un gros bonnet du trafic de drogue, un caïd. Le mot a pris un sens plus large de « patron », de quelqu’un qui a réussi. La chanteuse colombienne Karol G l’a mis au féminin avec son titre Bichota, pour parler d’une femme sûre d’elle et puissante. Gardez quand même en tête son origine.
Mami / papi
Rien à voir avec vos parents ! Dans les Caraïbes, mami et papi sont des petits noms affectueux ou de drague, un peu comme « bébé » ou « chéri(e) ». Dans la rue, adressés à une inconnue, ils peuvent être lourds.
Flow
Comme dans le rap, le flow est la façon de poser sa voix sur le rythme, mais aussi le style, l’aisance, la classe. Tener flow, c’est avoir du style.
« Ese chamaco tiene mucho flow. » — « Ce gamin a vraiment du style. »
Dembow
Le dembow est le rythme de base, reconnaissable entre mille, de presque tout le reggaeton. Son nom vient du morceau Dem Bow du chanteur jamaïcain Shabba Ranks, au début des années 1990. En République dominicaine, le mot désigne aussi un genre musical à part entière, plus rapide.
Pana
Un ami, un pote, à Porto Rico, au Venezuela, en République dominicaine, en Équateur et dans d’autres pays de la région. Mi pana = mon pote.
« Él es mi pana de toda la vida. » — « C’est mon pote de toujours. »
Chimba
Arrivé dans le reggaeton avec les artistes de Medellín. ¡Qué chimba! veut dire « trop bien ! », mais le mot désigne à l’origine le sexe féminin : il reste grossier hors du cercle des amis. Nous le détaillons dans notre article sur le parlache de Medellín.
Pichear
Le baseball est roi à Porto Rico et en République dominicaine, et son vocabulaire passe dans la langue de tous les jours. Dans l’argot portoricain, pichear quelqu’un, c’est l’ignorer, ne pas lui répondre, le « ghoster ». L’impératif pichea s’entend un peu comme « laisse tomber », « ignore ».
« Le escribí y me picheó. » — « Je lui ai écrit et il/elle m’a ignoré. »
Tra
Vous l’entendez crié au milieu des morceaux ? Tra n’est pas un mot avec un sens précis : c’est une onomatopée, une petite signature vocale (un ad-lib) qui donne du rythme. On l’interprète souvent comme une imitation de coups de feu, mais elle sert surtout à « marquer » le son. Inutile de chercher plus loin.
Cangri
Dans l’argot portoricain, un cangri est quelqu’un d’important, un chef, celui qui en impose. Proche de bichote, mais sans la référence directe au trafic.
Boricua
Le mot que les Portoricains utilisent avec fierté pour se désigner. Il vient de Borikén, le nom que les Taïnos, peuple autochtone, donnaient à l’île. Vous l’entendrez dans d’innombrables morceaux.
Duro / durísimo
Dans le reggaeton, duro n’a rien de négatif : un artiste duro est très fort, une soirée durísima est géniale. El más duro, c’est « le meilleur ».
Dale
Impératif de dar, il signifie « vas-y ! », « allez ! » ou « d’accord ». Un mot qu’on entend partout en Amérique latine, et que les chanteurs adorent crier pour lancer un morceau.
« —¿Nos vemos a las diez? —Dale. » — « On se voit à dix heures ? — Ça marche. »
Quelques mots en plus
- Sandungueo — Un autre nom, un peu plus ancien, pour le perreo (de sandunga, « grâce, entrain »).
- Música urbana — L’étiquette sous laquelle l’industrie range le reggaeton, le trap latino et les genres voisins.
- Chamaco — Gamin, jeune (Porto Rico, Mexique).
- Bebé / baby — Petit nom affectueux, très présent dans les titres.
- La disco — La boîte de nuit.
En résumé
| Mot | Sens | Origine | Registre |
|---|---|---|---|
| Perreo | Danse du reggaeton | Porto Rico | Familier |
| Janguear | Sortir, traîner | Porto Rico (anglais) | Familier |
| Bellaco | Excité | Porto Rico | Vulgaire |
| Gata | Fille, meuf | Porto Rico | Familier |
| Jevo, jeva | Copain, copine | Caraïbes | Familier |
| Corillo | Bande de potes | Porto Rico | Familier |
| Bichote | Caïd, boss | Porto Rico (anglais) | Argot |
| Pana | Pote | Caraïbes | Familier |
| Pichear | Ignorer | Porto Rico (anglais) | Familier |
| Dembow | Rythme de base | Jamaïque | Musical |
| Boricua | Portoricain | Taïno | Courant |
Notre conseil : le reggaeton est un excellent moyen de travailler votre oreille et l’accent des Caraïbes, où les s en fin de syllabe s’aspirent souvent. Écoutez, cherchez les mots, lisez les paroles sur les sites autorisés… mais en soirée, contentez-vous de janguear, pana et dale : vous éviterez les malentendus.


