Partir vivre en Amérique latine avec quatre enfants, c’est l’aventure d’une vie… et un formidable bain linguistique. telemartin.tv a échangé avec Christophe, Soline et leurs quatre enfants, installés à Santiago du Chili depuis un an et demi au moment de notre rencontre (par messagerie, faute d’aller-retour express à Santiago !). Comment des enfants français deviennent-ils bilingues ? Leur témoignage, et le vocabulaire chilien qu’ils ont appris dans la cour de récré.
Septembre 2015 : le jour de la rentrée scolaire en France, Christophe et Soline apprennent qu’ils partent 15 jours plus tard pour le Chili
Destination rêvée : les parents sont ravis, et les enfants aussi. Ils resteront deux, trois ou quatre ans, ils ne le savent pas encore, mais peu importe : c’est l’aventure ! Christophe a un poste qui l’attend. Soline, infirmière, espère pouvoir continuer son métier, ce qui s’avérera finalement impossible. Quant à Matthieu (13 ans), Thomas (11 ans), Célia (9 ans) et Baptiste (5 ans), ils sont attendus au Lycée français de Santiago, où, selon Soline, une grande majorité des élèves sont chiliens. Une occasion unique de poursuivre une scolarité à la française tout en parlant espagnol au quotidien.
Alors, après dix-huit mois au Chili, bilingues, les petits Français ? Pas si évident pour tout le monde…
Les plus jeunes : bilingues en quelques mois
Baptiste, 5 ans
En maternelle, Baptiste parle presque tout le temps espagnol en classe. En trois mois, l’affaire était dans le sac : aujourd’hui, on a du mal à savoir si sa langue maternelle est le français ou l’espagnol.
Célia, 9 ans
Célia a toujours eu classe en français, mais dans la cour, c’est l’espagnol qui domine. « Quand je suis arrivée en CE1, j’étais la seule Française de ma classe. Les autres élèves ne parlaient pas encore bien français, alors je n’ai pas eu le choix : il fallait me lancer, ou rester seule dans mon coin ! » Pas le genre de cette petite fille intrépide. « Elle est vite devenue très à l’aise, raconte Soline, d’autant que, contrairement à ses frères, elle n’avait encore jamais appris la conjugaison française. Elle n’avait donc aucun carcan grammatical dont se défaire. »
Les grands : une intégration par le jeu
Pour Matthieu et Thomas, l’apprentissage de l’espagnol du Chili a été moins rapide. « D’abord parce que la moitié de nos cours sont en français, et puis les élèves, même chiliens, sont au lycée depuis parfois dix ans, donc ils parlent super bien français ! » explique Matthieu. Mais chassez le naturel, il revient au galop : pendant les pauses, tout le monde se parle en espagnol. « En arrivant, dans la cour du collège, c’était un peu dur… Mais dans ma classe, il y avait une autre nouvelle. On a vite sympathisé, et en trois mois, on était vraiment intégrés. »
Soline confirme : « Matthieu et Thomas disaient qu’ils n’arrivaient pas à se faire de vrais amis… Et puis un jour, je les ai vus jouer aux cartes en espagnol avec des élèves, et je me suis dit que c’était gagné. Le jeu, c’est un fabuleux moyen de s’ouvrir aux autres ! »
La preuve de leur intégration ? Thomas s’est fait élire délégué de classe par ses camarades chiliens. « D’accord, j’avoue, j’ai fait campagne en français… mais ça n’enlève rien à la légitimité du scrutin ! » Matthieu, lui, est invité à toutes les fêtes d’anniversaire de sa classe. « J’ai envie de croire que c’est ma conversation qui les passionne, pas seulement mes cheveux blonds… »
Le vocabulaire chilien de la cour de récré
L’espagnol du Chili a la réputation d’être l’un des plus difficiles à comprendre : on y parle vite, on avale les fins de mots, et l’argot local, le chilenismo, est très riche. Voici quelques mots que les enfants ont sûrement entendus dès le premier jour :
| Chilien | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| ¿cachai? | tu comprends ? tu vois ? | Es fácil, ¿cachai? — C’est facile, tu vois ? |
| po | donc, quoi (renforce la phrase, de pues) | Sí, po. — Ben oui. |
| al tiro | tout de suite | Voy al tiro. — J’arrive tout de suite. |
| bacán | génial, super | ¡Qué bacán! — Trop bien ! |
| fome | ennuyeux, nul | La clase fue fome. — Le cours était ennuyeux. |
| el pololo / la polola | le petit ami / la petite amie | Tiene polola. — Il a une copine. |
| el carrete | la fête, la soirée | ¿Vamos al carrete? — On va à la soirée ? |
| la once | le goûter-dîner de fin d’après-midi | Tomamos once a las siete. |
Et pour parler de l’école en espagnol : el colegio (l’école), el recreo (la récréation), el patio (la cour), el curso (la classe, le niveau) et, au Chili, el presidente de curso pour le délégué de classe.
Notre conseil : si vous partez vous installer à l’étranger en famille, misez sur les activités partagées : le sport, les jeux, les anniversaires. Comme l’ont montré Matthieu et Thomas, c’est en jouant qu’on ose parler, et c’est en parlant qu’on progresse.


