C’est peu dire que Terry Gilliam a dû se battre contre des moulins à vent pour réaliser le film qui l’a obsédé pendant près de trente ans. Producteurs qui se désistent, maladie, catastrophe météorologique : son adaptation de Don Quichotte avait tout du film maudit. Elle a pourtant fini par voir le jour en 2018, sous le titre L’Homme qui tua Don Quichotte. Retour sur ses multiples tentatives avortées, et sur l’héritage de Cervantès dans la langue espagnole.
Une idée née au début des années 1990
Au départ, l’idée de Terry Gilliam, cinéaste américano-britannique et ancien membre des Monty Python, est originale : mêler le roman de Cervantès à la trame d’Un Yankee du Connecticut à la cour du roi Arthur, de Mark Twain, en donnant à Don Quichotte un compagnon venu de notre époque. Pour le réalisateur, l’histoire est profondément européenne et doit être produite en Europe. Mais trouver le financement s’avère difficile, et le tournage est repoussé une première fois. Ce sera le premier report d’une longue série.
2000 : le tournage tourne au cauchemar
Après une baisse du budget, le tournage commence enfin à l’automne 2000, en Espagne, dans le désert des Bardenas Reales (Navarre). Le casting est prestigieux : Jean Rochefort en Don Quichotte, Johnny Depp et Vanessa Paradis. Mais les catastrophes s’enchaînent : des avions militaires survolent sans cesse le plateau et rendent la prise de son impossible ; des pluies diluviennes endommagent le matériel et transforment le paysage aride en décor verdoyant ; enfin, Jean Rochefort, souffrant d’une double hernie discale, ne peut plus monter à cheval. L’équipe abandonne. Maigre consolation : ces déboires donnent naissance à un documentaire devenu culte, Lost in La Mancha (2002).
Des années de faux départs
Terry Gilliam s’entête, comme les personnages de ses films. Après avoir récupéré les droits de son scénario, il annonce plusieurs castings successifs, avec notamment Robert Duvall, puis Ewan McGregor, mais l’argent ne suit jamais. Entre-temps, il tourne d’autres films, comme The Zero Theorem (2013). Au milieu des années 2010, il remanie profondément son histoire : un réalisateur de publicité revient sur les lieux d’un film étudiant tourné autrefois sur Don Quichotte et découvre qu’il a bouleversé la vie de tous ceux qui y avaient participé. Une mise en abyme évidente de sa propre aventure. John Hurt est alors choisi pour le rôle principal, mais l’acteur tombe malade et doit renoncer. Puis un litige avec un producteur, porté devant la justice française, menace encore la sortie du film.
2017-2018 : enfin le bout du tunnel
En juin 2017, Terry Gilliam annonce sur les réseaux sociaux la fin du tournage, après dix-sept ans d’efforts, en remerciant l’équipe d’un joyeux « muchas gracias » et en proclamant que Quichotte est vivant. Le film réunit Jonathan Pryce, fidèle du réalisateur, Adam Driver et l’actrice espagnole Rossy de Palma. Il est présenté en clôture du Festival de Cannes en mai 2018, puis sort en salles. Le cinéaste a lui-même comparé ce projet à une obsession dont il devait se libérer.
Don Quichotte dans la langue espagnole
Publié en deux parties (1605 et 1615), El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha est considéré comme le premier roman moderne, et l’espagnol est souvent surnommé la lengua de Cervantes. Le roman a laissé de nombreuses expressions :
- Luchar contra molinos de viento — Se battre contre des moulins à vent, contre des ennemis imaginaires.
- Ser un quijote / quijotesco — Être un idéaliste, défendre des causes perdues.
- Una dulcinea — La femme aimée et idéalisée, d’après Dulcinée du Toboso.
- En un lugar de la Mancha… — Les premiers mots du roman, que tous les Espagnols connaissent.
- Un hidalgo — Un noble de petite condition, comme Don Quichotte.
| Espagnol | Français |
|---|---|
| un rodaje | un tournage |
| rodar una película | tourner un film |
| el reparto | la distribution, le casting |
| un director / una directora | un réalisateur, une réalisatrice |
| una película maldita | un film maudit |
| el estreno | la sortie (d’un film), la première |
Notre conseil : ne vous lancez pas tout de suite dans le texte original de Cervantès, écrit dans une langue du XVIIe siècle. Commencez par une édition adaptée (edición adaptada) ou une version pour la jeunesse : vous profiterez de l’histoire et du vocabulaire sans vous décourager.


