Vous partez à La Havane ou vous avez des amis cubains ? Préparez-vous : l’espagnol de Cuba va vite, avale les « s » et regorge de mots qu’on n’entend nulle part ailleurs. Voici les expressions cubaines les plus typiques, avec leur sens littéral, leur vrai sens, leur registre et des exemples traduits.
L’accent cubain en deux mots : les Cubains aspirent ou avalent souvent le « s » en fin de syllabe (¿cómo estás? devient à peu près « ¿cómo e’tá? ») et raccourcissent volontiers para en pa’. Pour comparer avec les autres variantes, voyez notre fiche espagnol d’Espagne et espagnol d’Amérique.
Les expressions cubaines les plus courantes
¿Qué bolá?
LA salutation cubaine, à employer entre amis ou avec des gens de votre âge. On la voit écrite ¿qué bolá? ou ¿qué volá? : les deux graphies circulent, puisque le « b » et le « v » se prononcent de la même façon en espagnol.
« ¿Qué bolá, asere? ¿Cómo anda la familia? » — « Quoi de neuf, mon pote ? Comment va la famille ? »
Entre amis : oui, c’est même fait pour ça.
Asere (ou acere)
Le mot le plus cubain qui soit : on l’utilise pour interpeller un ami, ou n’importe qui sur un ton détendu. On le rattache souvent aux langues d’origine africaine présentes à Cuba (notamment celle de la société abakuá), mais son étymologie exacte reste discutée.
« Asere, ¿vienes esta noche o no? » — « Mec, tu viens ce soir ou pas ? »
Entre amis : oui, tout le temps.
Consorte
En espagnol standard, le consorte est le conjoint (on parle du príncipe consorte). À Cuba, c’est aussi un ami fidèle, un camarade de toujours.
« Este es mi consorte desde la escuela. » — « C’est mon pote depuis l’école. »
Yuma
Un yuma est un étranger, en particulier un Nord-Américain ou un Européen : en clair, vous ! Le mot n’est pas insultant en soi. La Yuma, avec l’article, désigne les États-Unis.
« Mi primo vive en la Yuma. » — « Mon cousin vit aux États-Unis. »
Guagua
À Cuba, on ne prend pas l’autobús, on prend la guagua. Attention au faux ami régional : au Chili, en Bolivie, au Pérou ou en Équateur, une guagua est… un bébé (le mot vient alors du quechua). Imaginez la confusion !
« La guagua viene llena, mejor caminamos. » — « Le bus arrive bondé, on ferait mieux de marcher. »
Almendrón
Ce sont ces grosses voitures américaines des années 1950, aux formes arrondies (d’où l’amande), qui sillonnent encore La Havane. Beaucoup servent de taxi colectivo : elles suivent un itinéraire fixe et on partage la course avec d’autres passagers. Un symbole de l’île !
« Cogimos un almendrón hasta el Vedado. » — « On a pris un vieux taxi collectif jusqu’au Vedado. »
Coger botella
À Cuba, une botella est un trajet gratuit en voiture, et coger botella, c’est faire du stop ou se faire emmener par quelqu’un. Rappel : au Mexique ou en Argentine, coger est vulgaire (voir notre fiche sur les mots innocents qui deviennent vulgaires selon les pays).
« No pasaba la guagua, así que cogí botella. » — « Le bus ne passait pas, alors j’ai fait du stop. »
La jama / jamar
La jama, c’est la nourriture, et jamar, c’est manger, avec l’appétit en prime.
« Tengo un hambre… ¿Dónde hay jama? » — « J’ai une de ces faims… Où est-ce qu’on peut manger ? »
Pinchar / la pincha
Ailleurs, pinchar veut dire « piquer ». À Cuba, pinchar veut dire travailler, et la pincha est le travail.
« Mañana pincho temprano. » — « Demain, je bosse tôt. »
« Me voy pa’ la pincha. » — « J’y vais, je pars au boulot. »
Estar en la lucha
La réponse cubaine typique à ¿qué bolá?. Elle dit à la fois « ça va » et « on fait avec ».
« —¿Qué bolá? —Aquí, en la lucha. » — « Quoi de neuf ? — Ben, on se débrouille. »
Fula
Dans l’argot cubain, fula désigne le dollar, et par extension les devises étrangères. La situation monétaire de l’île a beaucoup évolué ces dernières années, mais le mot, lui, reste bien vivant dans les conversations.
« ¿Eso se paga en fula? » — « Ça se paie en dollars ? »
Tremendo, tremenda
Placé devant un nom, tremendo est un intensif qu’on entend à chaque phrase : en bien comme en mal, c’est « un sacré… ». Les Cubains en abusent avec délice.
« ¡Tremenda fiesta anoche! » — « Quelle fête, hier soir ! »
« Se formó tremendo lío. » — « Ça a fait un sacré bazar. »
Chévere
Le mot est partagé par toute la Caraïbe et une partie des Andes, mais Cuba le revendique volontiers. Les Cubains disent aussi ¡qué bárbaro! pour « génial ! ».
« La música estuvo chévere. » — « La musique était géniale. »
Gozar
En espagnol standard, on dit gozar de buena salud, « jouir d’une bonne santé ». À Cuba, gozar tout court, c’est faire la fête, danser, profiter à fond.
« ¡A gozar, que la vida es corta! » — « Allez, on s’éclate, la vie est courte ! »
Mangón, mangona
Une personne très séduisante est un mangón ou une mangona. Un compliment fruité, à réserver aux amis.
« Tu primo es un mangón. » — « Ton cousin est canon. »
Jinetero, jinetera
Le jinetero démarche les touristes : guide improvisé, rabatteur pour un logement, vendeur de cigares… Au féminin, jinetera désigne le plus souvent une femme qui se prostitue auprès des étrangers. Le mot est chargé et souvent méprisant : comprenez-le, mais évitez de l’employer pour parler de quelqu’un. Le verbe jinetear désigne cette activité.
Singao
Le verbe singar est l’équivalent cubain du follar espagnol, et singao (pour singado) est une insulte forte : « enfoiré », « salaud ». À comprendre, pas à répéter.
Attention à la papaye ! À Cuba, papaya désigne vulgairement le sexe féminin. Pour commander le fruit sans faire rire (ou rougir) tout le marché, dites fruta bomba.
Encore quelques mots utiles à Cuba
- Socio, socia — « Pote », « associé » : un ami proche, très courant.
- Monina — Encore un synonyme d’asere : l’ami, le pote.
- Pepillo, pepilla — Un ado, un jeune branché.
- Mi puro, mi pura — Mon père, ma mère : mis puros, « mes vieux ».
- Paladar — Un restaurant privé, souvent tenu par une famille.
- Casa particular — Une chambre ou un logement chez l’habitant, très répandu pour les voyageurs.
- ¡Qué bárbaro! — « Génial ! » ou « Incroyable ! », selon le contexte.
En résumé
| Expression | Sens | Registre |
|---|---|---|
| ¿Qué bolá? | Quoi de neuf ? | Familier |
| Asere | Mon pote, mec | Familier |
| Yuma / la Yuma | Étranger / les États-Unis | Familier |
| Guagua | Bus | Courant |
| Almendrón | Vieux taxi collectif américain | Courant |
| Coger botella | Faire du stop | Courant |
| Jama / jamar | Bouffe / bouffer | Familier |
| Pinchar / la pincha | Bosser / le boulot | Familier |
| Jinetero | Rabatteur pour touristes | Chargé, méprisant |
| Singao | Enfoiré | Très vulgaire |
Notre conseil : un simple ¿qué bolá, asere? lancé avec le sourire vous ouvrira bien des portes à Cuba. Pour le reste, écoutez d’abord : les Cubains adorent expliquer leurs mots. Et avant de partir, testez-vous avec notre quiz sur les expressions d’Amérique latine.


