¡Épale, chamo! Si vous avez déjà entendu cette phrase, vous avez sans doute croisé un Vénézuélien. Ces dernières années, beaucoup se sont installés en Colombie, au Pérou, au Chili, en Espagne ou en France, et leur façon de parler, chaleureuse et pleine d’images, s’entend désormais bien au-delà du pays. Voici les expressions vénézuéliennes les plus typiques, avec leur sens littéral, leur vrai sens, leur registre et des exemples traduits.
Comment lire cette fiche : la plupart de ces mots sont familiers. Ils sont parfaits entre amis, beaucoup moins dans un entretien d’embauche. Les mots grossiers ou délicats sont signalés comme tels. Beaucoup sont aussi partagés avec la Colombie voisine : vous en retrouverez certains dans notre article sur les expressions colombiennes de Narcos.
Les expressions vénézuéliennes les plus courantes
Chamo, chama
Le mot vénézuélien par excellence. Un chamo est d’abord un enfant ou un jeune (mis chamos : mes enfants), mais on l’emploie surtout pour interpeller n’importe qui sur un ton amical.
« ¿Qué más, chamo? ¿Todo bien? » — « Quoi de neuf, mec ? Tout va bien ? »
Entre amis : oui, c’est le mot de base.
Pana
Votre pana est votre ami, votre camarade. Le mot ne change pas au féminin : ella es mi pana. Il est aussi très courant en Colombie, en Équateur ou au Panama.
« Él es mi pana desde el liceo. » — « C’est mon pote depuis le lycée. »
Entre amis : oui.
¡Épale!
Une salutation joyeuse, souvent lancée de loin à quelqu’un qu’on reconnaît.
« ¡Épale, pana! ¡Tanto tiempo! » — « Hé, mon pote ! Ça fait une éternité ! »
Chévere
Le grand classique de la Caraïbe, qu’on retrouve à Cuba, en Colombie ou au Pérou. Les plus âgés disent même, pour rire, chévere cambur (« super banane »), une formule un peu datée.
« La rumba estuvo chévere. » — « La fête était géniale. »
Burda
L’intensif vénézuélien par excellence : burda de gente, burda de bueno, me gustó burda.
« Había burda de gente en la playa. » — « Il y avait un monde fou à la plage. »
¡Qué molleja!
Rien à voir avec la cuisine : molleja sert d’exclamation d’étonnement, admirative ou non. Placé devant un nom, il sert aussi d’intensif.
« ¡Qué molleja de casa! » — « Quelle maison incroyable ! »
« ¡Molleja, qué calor! » — « La vache, quelle chaleur ! »
Arrecho, arrecha
Au Venezuela, estar arrecho, c’est être en colère, très énervé. On entend aussi ¡qué arrecho! pour saluer quelque chose d’impressionnant ou de difficile. Grosse prudence ailleurs : en Colombie et dans une partie de l’Amérique centrale, arrecho veut dire « excité sexuellement ». C’est l’exemple parfait des mots qui changent de sens d’un pays à l’autre.
« Mi papá está arrecho porque llegué tarde. » — « Mon père est furieux parce que je suis rentré tard. »
Ladilla
Oui, le nom d’origine n’est pas glamour. ¡Qué ladilla!, c’est « quelle plaie ! », « que c’est pénible ! ». Et estar ladillado, c’est s’ennuyer ferme ou en avoir marre.
« ¡Qué ladilla esta cola! » — « Quelle plaie, cette file d’attente ! »
« Estoy ladillado, vamos a salir. » — « Je m’ennuie à mourir, on sort. »
Pavoso, pavosa
Au Venezuela, la pava est la malchance, et echar la pava, c’est porter malheur. Un pavoso est donc quelqu’un qui attire la poisse… ou qui dit tout haut ce qui risque de mal tourner.
« No digas eso, no seas pavoso. » — « Ne dis pas ça, ne porte pas la poisse. »
Jalabolas
Le lèche-bottes, celui qui flatte son chef pour obtenir des faveurs. Le verbe jalar bolas veut dire « lécher les bottes ». Grossier : à éviter au bureau.
« Ese es un jalabolas del jefe. » — « Lui, c’est le lèche-bottes du patron. »
Cotufas
Au cinéma, au Venezuela, on mange des cotufas, là où le Mexicain mange des palomitas et l’Argentin du pochoclo.
« ¿Hacemos cotufas para ver la película? » — « On fait du pop-corn pour regarder le film ? »
Catire, catira
On appelle catire une personne aux cheveux blonds ou au teint clair. Souvent un surnom affectueux.
« La catira es la hermana de Luis. » — « La blonde, c’est la sœur de Luis. »
Coroto, corotos
Un coroto est un objet quelconque, un bidule. Au pluriel, los corotos, ce sont ses affaires, ses bagages, son barda.
« Recoge tus corotos, que nos vamos. » — « Ramasse tes affaires, on s’en va. »
Echar los perros
Rien d’agressif : echarle los perros a alguien, c’est faire la cour, tenter sa chance. L’expression est aussi très courante en Colombie.
« Le está echando los perros a mi prima. » — « Il drague ma cousine. »
Vaina
Le mot à tout faire du Venezuela (et de la Colombie) : une vaina est n’importe quelle chose, et ¡qué vaina! exprime la contrariété, « quelle galère ! ». Familier, mais pas vulgaire.
« Pásame esa vaina. » — « Passe-moi ce truc. »
« Se fue la luz otra vez. ¡Qué vaina! » — « Encore une coupure de courant. Quelle galère ! »
Rumba, tripear
La rumba est la fête, la soirée (rien à voir ici avec la danse cubaine du même nom). Et tripear, emprunté à l’anglais trip, c’est s’amuser, kiffer un moment.
« ¿Hay rumba esta noche? » — « Il y a une fête ce soir ? »
« Tripeamos burda en la playa. » — « On s’est trop éclatés à la plage. »
Tener ratón
Au Venezuela, le lendemain de rumba, on a ratón ou on est enratonado. Attention, en Colombie, le lendemain de fête se dit guayabo, et en Espagne resaca.
« Tengo un ratón horrible. » — « J’ai une gueule de bois terrible. »
Mamar gallo
Mamar gallo, c’est plaisanter, se moquer gentiment de quelqu’un ou le faire marcher. Le mamador de gallo est le farceur de la bande.
« Tranquilo, te estoy mamando gallo. » — « Relax, je te fais marcher. »
Sifrino, sifrina
Le sifrino vient d’un milieu aisé et prend des airs supérieurs. L’équivalent du pituco péruvien ou du fresa mexicain : moqueur, parfois méprisant.
« Ese restaurante es demasiado sifrino para mí. » — « Ce resto est beaucoup trop bourge pour moi. »
Encore quelques mots du quotidien
- Cambur — La banane (le plátano désigne la banane plantain, à cuire).
- Caraotas — Les haricots noirs, incontournables du plat national, le pabellón criollo.
- Pasapalos — Les amuse-bouches servis à l’apéritif ou en fête.
- ¡Fino! — « Parfait ! », « super ! ».
- ¡Na’ guará! — L’exclamation de surprise typique de l’État de Lara (Barquisimeto).
En résumé
| Expression | Sens | Registre |
|---|---|---|
| Chamo / chama | Gamin, mec | Familier |
| Pana | Pote | Familier |
| ¡Épale! | Salut !, hé ! | Familier |
| Burda | Très, beaucoup | Familier |
| ¡Qué molleja! | La vache ! | Familier |
| Arrecho | Furieux (ailleurs : excité) | Un peu grossier |
| ¡Qué ladilla! | Quelle plaie ! | Familier |
| Pavoso | Qui porte la poisse | Familier |
| Jalabolas | Lèche-bottes | Vulgaire |
| Cotufas | Pop-corn | Courant |
| Echar los perros | Draguer | Familier |
| Vaina | Truc, galère | Familier |
| Tener ratón | Avoir la gueule de bois | Familier |
Notre conseil : un ¡épale, chamo! ou un ¡qué chévere! bien placé vous vaudra un grand sourire. Gardez jalabolas et arrecho pour la compréhension, et n’oubliez pas qu’avec un inconnu ou une personne âgée, le vouvoiement reste de mise : voyez notre fiche tú, usted, vos, vosotros.


