Vous rentrez de Medellín et vos nouveaux amis vous appelaient parce toute la journée ? Bienvenue dans le monde du parlache, l’argot de Medellín. Né dans les quartiers populaires, il a conquis toute la Colombie… et les séries. Parce, bacano, chimba, camellar, lucas : voici le sens réel de chaque mot, son registre et des exemples pour ne plus rester bouche bée devant un Paisa.
Avant de lire : une partie du parlache est née dans un contexte de grande violence. Quelques mots de cette page sont vulgaires ou très insultants (nous le signalons à chaque fois). Le but est de les comprendre, pas de les ressortir chez la famille de votre parcera.
D’où vient le parlache ?
Le mot parlache se rattache à parlar, « parler ». Cet argot s’est développé dans les quartiers populaires (las comunas) de Medellín, en particulier dans les années 1980 et 1990, une période marquée par le narcotrafic, la violence et un chômage massif chez les jeunes. Des chercheurs de l’Université d’Antioquia s’y sont intéressés de près et lui ont consacré plusieurs travaux, dont un dictionnaire.
Langage d’une jeunesse marginalisée au départ, il est ensuite sorti des quartiers grâce à la musique, aux telenovelas et aux séries : des mots comme parce ou bacano s’entendent aujourd’hui dans toute la Colombie.
Le vocabulaire du parlache à connaître
Parce / parcero / parcera
Le mot emblématique de Medellín. Un parcero (ou parcera au féminin), abrégé en parce, est un ami proche, un pote. On le rapproche souvent de aparcero, l’associé, celui avec qui on partage. Il n’a rien de vulgaire.
« ¿Qué más, parce? » — « Ça va, mon pote ? »
« Ella es mi parcera desde el colegio. » — « C’est ma meilleure amie depuis l’école. »
Entre amis : oui, c’est même fait pour ça.
Parche / parchar
Littéralement, un parche est une « rustine ». En Colombie, c’est la bande de potes, ou le plan qu’on organise ensemble. Parchar, c’est traîner avec ses amis, et quelqu’un qui est desparchado n’a rien de prévu et s’ennuie.
« ¿Cuál es el parche para esta noche? » — « C’est quoi le plan ce soir ? »
« Estoy desparchado, no tengo nada que hacer. » — « Je m’ennuie, je n’ai rien à faire. »
Bacano
L’adjectif positif par excellence en Colombie. Une fête, une personne, un film : tout peut être bacano. Un équivalent un peu plus neutre est chévere.
« ¡Qué bacano verte, parce! » — « Trop bien de te voir, mon pote ! »
Chimba / chimbo
Le mot le plus caméléon de Colombie. À l’origine, chimba désigne vulgairement le sexe féminin, ce qui explique qu’il reste mal vu dans un cadre poli. Mais chez les jeunes, ¡qué chimba! veut dire « trop bien ! ». Attention aux pièges : chimbo, au masculin, signifie « de mauvaise qualité » ou « faux », et ¡ni por la chimba! veut dire « jamais de la vie ! ».
« ¡Qué chimba de concierto! » — « Il était génial, ce concert ! »
« Ese billete es chimbo. » — « Ce billet est faux. »
Entre amis : oui, chez les jeunes. Ailleurs : à éviter.
Gonorrea
Oui, comme la maladie. À Medellín, c’est l’une des pires insultes qui soient : traiter quelqu’un de gonorrea, c’est le traiter d’ordure. Il sert aussi d’exclamation de dégoût. Les séries l’ont rendu célèbre, mais il reste extrêmement agressif.
Entre amis : non, laissez-le aux personnages de séries.
Camellar / el camello
On travaille dur comme un chameau (camello) : en Colombie, camellar veut dire « bosser » et un camello, c’est un boulot. Faux ami amusant : en Espagne, un camello est… un dealer.
« Mañana no puedo, tengo que camellar. » — « Demain je ne peux pas, je dois bosser. »
Lucas
Une luca, ce sont mille pesos colombiens. Indispensable au marché : diez lucas = 10 000 pesos. On l’entend aussi au Chili et en Argentine, avec le même sens de « mille ».
« Eso vale veinte lucas. » — « Ça coûte vingt mille (pesos). »
Mono / mona
En Colombie, un mono ou une mona est une personne blonde, ou aux cheveux et à la peau clairs. C’est neutre, voire affectueux. En Espagne, en revanche, ¡qué mono! veut dire « trop mignon ! ».
« ¿Quién es la mona que vino contigo? » — « C’est qui, la blonde qui est venue avec toi ? »
Berraco (ou verraco)
Un mot à double tranchant. Ser un berraco, c’est être un battant, quelqu’un de courageux ou de très doué : un vrai compliment. Mais estar berraco, avec estar, veut dire « être furax ». Et ¡qué berraquera! signifie « génial ! ».
« Mi mamá es una berraca. » — « Ma mère est une battante. »
« Mi papá está berraco conmigo. » — « Mon père est furieux contre moi. »
Ñero
Abrégé de compañero, le mot désigne péjorativement quelqu’un des rues, aux manières jugées vulgaires : l’équivalent de « racaille » ou de « cassos ». Il est chargé de mépris social : à comprendre, pas à utiliser.
Entre amis : non.
Tombo
Le policier, version argotique. Familier et péjoratif, il s’emploie aussi au Pérou : évitez-le face à un agent.
« Ojo, que vienen los tombos. » — « Attention, les flics arrivent. »
Sapo / sapear
Un sapo est un mouchard, une balance, et sapear veut dire « balancer » quelqu’un. C’est aussi celui qui se mêle de tout.
« No seas sapo. » — « Ne fais pas la balance. » ou « Mêle-toi de tes affaires. »
Visaje / dar visaje
Dar visaje, c’est attirer l’attention, se faire remarquer, souvent imprudemment. Quelqu’un de visajoso en fait trop, cherche à se montrer.
« No dé visaje con ese celular en la calle. » — « Ne vous faites pas remarquer avec ce portable dans la rue. »
¿Qué más, pues?
La salutation colombienne classique : ¿qué más? ne veut pas dire « quoi d’autre ? » mais « quoi de neuf ? ». Et le pues final est la signature des Paisas, les habitants de la région d’Antioquia, qui le placent partout. Variante : ¿quiubo?, contraction de ¿qué hubo?.
« —¿Qué más, pues? —Bien, ¿y vos? » — « Ça va ? — Bien, et toi ? »
Hágale
Un mot à tout faire : « vas-y », « d’accord », « ça marche ». Remarquez la forme usted : en Colombie, on vouvoie souvent même ses proches, et à Medellín on emploie aussi vos.
« —¿Vamos al cine? —¡Hágale! » — « On va au ciné ? — Allez, ça marche ! »
Pelado / pelada
Un jeune, un gamin, un ado.
« Ese pelado juega muy bien al fútbol. » — « Ce gamin joue très bien au foot. »
Parlache, Narcos et les séries
Beaucoup de francophones ont découvert ces mots avec Narcos et les séries sur le narcotrafic : parce, plata, gonorrea, sapo… Ces fictions évoquent une époque très douloureuse pour la Colombie. Medellín a profondément changé depuis, et ses habitants préfèrent qu’on parle de sa culture et de sa musique plutôt que de son passé. Si vous voulez approfondir, lisez notre article sur les expressions colombiennes de Narcos ou sur le film La Vierge des tueurs, tourné à Medellín.
En résumé
| Mot | Sens | Registre |
|---|---|---|
| Parce, parcero | Pote, ami | Familier |
| Bacano | Génial | Familier |
| ¡Qué chimba! | Trop bien ! | Vulgaire |
| Chimbo | Nul, faux | Familier |
| Gonorrea | Ordure | Très vulgaire |
| Camellar | Bosser | Familier |
| Mono, mona | Blond, blonde | Familier |
| Ser berraco | Être un battant | Familier |
| Ñero | Racaille | Méprisant |
| Tombo | Flic | Familier |
| Sapo | Balance, fouineur | Familier |
| Dar visaje | Se faire remarquer | Familier |
| Hágale | Vas-y, d’accord | Courant |
Notre conseil : commencez par le trio sans risque parce, bacano et hágale, ajoutez un pues en fin de phrase, et vous ferez sourire n’importe quel Paisa. Gardez chimba pour vos amis proches, et gonorrea pour… votre écran de télévision.


