Madrid, Barcelone, Valence, Séville, Salamanque… Les expressions typiques d’Espagne sont innombrables, et pas facile d’en choisir une dizaine. Voici les 10 expressions que j’entends vraiment au quotidien en Espagne, celles qui vous permettront de « survivre » dans une conversation avec des Espagnols. Pour chacune : son sens, son registre et des exemples traduits.
En bref : echar de menos (manquer à quelqu’un), echar un vistazo (jeter un œil), tomar el pelo (se moquer de quelqu’un), meter la pata (faire une gaffe) et ser uña y carne (être inséparables) sont les plus utiles. Attention : ce sont des expressions d’Espagne, dont certaines s’emploient peu ou autrement en Amérique latine.
Les 10 expressions qui vous permettront de survivre en Espagne
Parfois, oui, il s’agit bien de survie ! Ces expressions reviennent sans cesse dans la bouche des Espagnols, au bar, au travail ou à la télé. Les connaître vous aidera d’abord à comprendre, puis, petit à petit, à parler comme un natif.
A tomar por culo
Sans doute l’une des expressions qu’on entend le plus souvent en Espagne… et l’une des plus vulgaires. Elle sert à envoyer promener quelqu’un ou quelque chose (« qu’ils aillent se faire voir », « laissons tomber »). Elle a aussi un autre sens très courant : un endroit situé a tomar por culo est très loin, « au bout du monde ».
« ¡Vete a tomar por culo! » — « Va te faire voir ! »
« Su casa está a tomar por culo. » — « Sa maison est au bout du monde. »
Réservez-la à vos amis très proches : en dehors, elle choque. Une version plus polie : mandar a paseo (« envoyer promener »).
Echar de menos
De l’autre côté de l’Atlantique, on dit plus simplement extrañar. En Espagne, on préfère echar de menos. Attention à la construction, inverse du français : en espagnol, c’est la personne qui ressent le manque qui est le sujet.
« Te voy a echar de menos. » — « Tu vas me manquer. »
« Echo de menos el sol de Sevilla. » — « Le soleil de Séville me manque. »
Echar un vistazo
Pour une fois, l’expression espagnole se traduit mot à mot : echar (jeter) un vistazo (un coup d’œil). On l’emploie aussi bien pour un document que pour une boutique.
« ¿Puedes echar un vistazo a mi correo? » — « Tu peux jeter un œil à mon mail ? »
« Solo estoy echando un vistazo, gracias. » — « Je regarde seulement, merci. » (en magasin)
Tomar el pelo
Très courante, cette expression signifie « se moquer de quelqu’un », « faire marcher quelqu’un ». On l’utilise souvent à la forme négative, pour protester.
« ¡No me tomes el pelo! » — « Ne te fiche pas de moi ! »
« Te está tomando el pelo. » — « Il te fait marcher. »
Importar un pimiento
Je ne sais pas pourquoi le pimiento (le poivron, ou le piment) est tombé si bas dans l’estime des Espagnols, alors qu’il est roi au Mexique. Toujours est-il que si quelque chose vous importa un pimiento, c’est que vous vous en fichez complètement. Il existe d’autres variantes : importar un comino (« un cumin »), un bledo, ou des versions bien plus vulgaires.
« Me importa un pimiento lo que digan. » — « Je me fiche complètement de ce qu’ils disent. »
Tener mala leche
Par chance, je ne l’entends pas trop, car je suis souvent… de bonne humeur ! Tener mala leche, c’est avoir mauvais caractère, ou agir avec méchanceté, avec de mauvaises intentions. Avec estar, le sens est passager : estar de mala leche, c’est être de mauvaise humeur. Un bel exemple de la différence entre ser/tener et estar !
« Ese tío tiene muy mala leche. » — « Ce type est vraiment mauvais. »
« Hoy el jefe está de mala leche. » — « Aujourd’hui, le patron est de mauvais poil. »
No haber nacido ayer
L’équivalent français est « ne pas être né de la dernière pluie ». La version espagnole fonctionne très bien aussi : on ne vous la fait pas !
« A mí no me engañas, que no he nacido ayer. » — « Tu ne me trompes pas, je ne suis pas né de la dernière pluie. »
No dar palo al agua
Vous voulez un dessin ? Ça tombe bien, en voici un ! L’expression désigne quelqu’un qui ne fait rien, qui « ne fiche rien de ses journées ». On dit aussi no pegar ni golpe.

« Mi compañero de piso no da palo al agua. » — « Mon colocataire ne fait rien de ses journées. »
Ser uña y carne
Regardez votre main : y a-t-il un espace entre l’ongle (la uña) et la peau qui se trouve dessous (la carne) ? Presque aucun. Deux personnes qui sont uña y carne sont donc inséparables, « comme les deux doigts de la main ».
« Ana y Lucía son uña y carne desde el colegio. » — « Ana et Lucía sont inséparables depuis l’école. »
Meter la pata
Une expression vraiment typique pour dire qu’on a fait une gaffe. Elle est comprise dans tout le monde hispanophone, et c’est sans doute celle que vous utiliserez le plus en apprenant l’espagnol !
« He metido la pata. » — « J’ai fait une gaffe. »
« No le digas nada, que vas a meter la pata. » — « Ne lui dis rien, tu vas faire une gaffe. »
En résumé
| Expression | Sens | Registre |
|---|---|---|
| A tomar por culo | Va te faire voir ; très loin | Vulgaire |
| Echar de menos | Manquer à quelqu’un | Courant |
| Echar un vistazo | Jeter un œil | Courant |
| Tomar el pelo | Se moquer, faire marcher | Familier |
| Importar un pimiento | S’en ficher complètement | Familier |
| Tener mala leche | Avoir mauvais caractère | Familier |
| No haber nacido ayer | Ne pas être né de la dernière pluie | Courant |
| No dar palo al agua | Ne rien faire | Familier |
| Ser uña y carne | Être inséparables | Courant |
| Meter la pata | Faire une gaffe | Courant |
Espagne ou Amérique latine : attention aux différences
Ces expressions sont typiques d’Espagne et ne fonctionnent pas toutes de la même façon en Amérique latine. Quelques équivalents utiles :
- Echar de menos → en Amérique latine, on dit surtout extrañar : « Te extraño », « Tu me manques ».
- Tomar el pelo → compris presque partout ; au Mexique, on dira aussi vacilar ou cotorrear.
- Mala leche → en Argentine ou en Uruguay, mala leche évoque plutôt la malchance ou la mauvaise intention : « ¡Qué mala leche! », « Pas de bol ! ».
Notre conseil : commencez par les expressions « sans risque » comme echar un vistazo, meter la pata ou echar de menos, que vous pouvez utiliser avec tout le monde. Gardez a tomar por culo pour comprendre vos amis espagnols… et pour plus tard !



