D’où vient le nom « Espagne » ? Et pourquoi dit-on tapas, sangría ou paella ? telemartin.tv vous invite à un petit voyage dans le temps pour découvrir l’origine de ces mots si importants de la culture espagnole. Une façon ludique de mieux retenir le vocabulaire… et d’avoir toujours une anecdote à raconter à table !
En bref : le mot « Espagne » vient du latin Hispania, le nom que les Romains donnaient à la péninsule Ibérique. Ce nom lui-même serait d’origine phénicienne, et l’explication la plus souvent citée y voit un « pays des damans » (de petits mammifères) : les Phéniciens auraient pris les lapins de la péninsule pour des damans. L’hypothèse reste discutée par les spécialistes.
L’origine des mots essentiels de la culture espagnole
Espagne
Le mot « Espagne » a plusieurs origines supposées. La plus sûre est latine : au temps des Romains, Hispania désignait l’ensemble de la péninsule Ibérique. Mais les Phéniciens, des navigateurs venus de l’actuel Liban, avaient fondé des comptoirs sur les côtes bien avant l’arrivée des Romains. Selon l’hypothèse la plus répandue, Hispania viendrait d’une expression phénicienne signifiant « île » ou « côte des damans ». Les damans ressemblent un peu à de gros lapins : les marins phéniciens auraient ainsi baptisé une terre où pullulaient… les lapins. D’où la traduction souvent entendue de « terre des lapins ». Cette étymologie est séduisante, mais elle n’est pas démontrée : d’autres pistes existent.
La racine latine survit dans de nombreux mots : hispano (hispanique), hispanohablante (hispanophone), Hispanoamérica (l’Amérique hispanophone) ou encore el Día de la Hispanidad, autre nom de la fête nationale espagnole du 12 octobre.
« Hispania era el nombre romano de la península ibérica. » — « Hispania était le nom romain de la péninsule Ibérique. »
Tapas
Le mot tapas vient du verbe tapar, « couvrir, fermer avec un couvercle ». Selon la tradition, on posait autrefois une tranche de pain, de jambon ou de fromage sur le verre de vin, comme un petit couvercle (una tapa), pour le protéger des mouches et de la poussière. Plusieurs légendes circulent pour expliquer cette habitude. L’une des plus connues l’attribue au roi Alphonse X le Sage, au XIIIe siècle : il aurait ordonné de servir un peu de nourriture avec chaque verre de vin, pour que les clients des tavernes ne boivent pas le ventre vide. Joli récit… mais rien ne permet de le vérifier.
« ¿Vamos de tapas? » — « On va manger des tapas ? »
« Tapa la olla. » — « Mets le couvercle sur la marmite. »
Sangría
Là encore, plusieurs hypothèses circulent. La plus solide, retenue par le dictionnaire de la Real Academia Española, est aussi la plus simple : sangría vient de sangre, « le sang », à cause de la couleur rouge que lui donne le vin. On lit parfois que le mot viendrait du français « sang-gris », nom d’une boisson des Antilles, mais cette théorie n’est pas reconnue par les linguistes. Petite curiosité : en espagnol, una sangría désigne aussi une saignée, au sens médical comme au sens figuré (une perte importante).
« Una jarra de sangría, por favor. » — « Un pichet de sangria, s’il vous plaît. »
« Esta reforma es una sangría para la economía. » — « Cette réforme est une saignée pour l’économie. »
Paella
Sur une note plus salée, l’origine de la paella ! Le mot désigne d’abord… le récipient. En valencien, paella veut dire « poêle » ; il vient de l’ancien français paele, lui-même issu du latin patella, « petit plat ». Le nom de la poêle est ensuite passé au plat cuisiné dedans. Assez ironique quand on voit les gigantesques poêles de riz jaune préparées sur les marchés et pendant les fêtes de village !
« Los domingos hacemos paella. » — « Le dimanche, on fait une paella. »
Mojito
Le mojito, véritable star des bars de La Havane, tirerait son nom du mojo, une sauce à base d’agrumes, d’ail et d’huile qui sert à relever les plats dans la cuisine cubaine : mojito serait alors un « petit mojo », en référence au citron vert de la recette. D’autres le rattachent au verbe mojar, « mouiller » : une boisson pour humecter les gosiers asséchés par la chaleur des Caraïbes. Aucune des deux explications n’est certaine.
« Me he mojado con la lluvia. » — « Je me suis fait mouiller par la pluie. »
Et quelques autres mots à l’origine étonnante
- Siesta — Du latin sexta hora, la « sixième heure » du jour chez les Romains, c’est-à-dire vers midi : le moment le plus chaud, idéal pour se reposer.
- Ojalá — « Pourvu que… ». Il vient de l’arabe parlé en al-Andalus et signifie à l’origine « si Dieu le veut ».
- Tomate — Du nahuatl tomatl, la langue des Aztèques. Le fruit et son nom ont traversé l’Atlantique grâce aux Espagnols.
- Chocolate — Lui aussi vient du nahuatl, même si la forme exacte du mot d’origine fait débat.
- Guerrilla — Littéralement « petite guerre », diminutif de guerra. Le mot est passé tel quel en français, comme en anglais.
En résumé
| Mot | Origine | Sens d’origine |
|---|---|---|
| España | Latin, peut-être phénicien | Hispania ; « côte des damans » (hypothèse) |
| tapa | Espagnol tapar | Couvercle |
| sangría | Espagnol sangre | Sang (couleur rouge) |
| paella | Valencien, du latin patella | Poêle |
| mojito | Espagnol de Cuba | Petit mojo (hypothèse) |
| siesta | Latin sexta | Sixième heure |
| ojalá | Arabe d’al-Andalus | Si Dieu le veut |
Notre conseil : associer un mot à son histoire est l’une des meilleures techniques de mémorisation. La prochaine fois que vous commandez una tapa, pensez au couvercle posé sur le verre : vous n’oublierez plus jamais le verbe tapar !


