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Ces mots espagnols innocents qui deviennent vulgaires dans un autre pays

7 min de lecture


Vous demandez à prendre le bus avec le verbe coger à Buenos Aires, et tout le monde pouffe de rire ? Bienvenue dans le monde merveilleux des mots espagnols vulgaires selon les pays ! Un mot parfaitement innocent en Espagne peut devenir franchement grossier au Mexique, en Argentine ou à Cuba, et inversement. Voici les pièges les plus fréquents, expliqués pays par pays, pour comprendre les rires… et surtout les éviter.

Avant de lire : cette fiche cite des mots vulgaires, avec un objectif simple : vous éviter les malentendus. Nous donnons pour chacun le sens courant, le sens qui pose problème et le mot à utiliser à la place.

Les mots espagnols qui deviennent vulgaires selon les pays

Coger

Espagne : prendre, attraperMexique, Argentine, Uruguay, Venezuela… : avoir un rapport sexuel

Le piège numéro un. En Espagne, coger est un verbe de tous les jours : on prend le bus, un rhume, le téléphone. Au Mexique, en Argentine, en Uruguay, au Venezuela ou en Amérique centrale, il signifie avant tout « baiser ». Dans d’autres pays (Cuba, Colombie, République dominicaine…), le sens neutre reste courant, mais le double sens est connu partout. Le réflexe à prendre en Amérique latine : tomar ou agarrar (voir aussi notre fiche espagnol d’Espagne vs espagnol d’Amérique du Sud).

« Voy a coger el autobús. » — « Je vais prendre le bus. » (Espagne)
« Voy a tomar el camión. » — « Je vais prendre le bus. » (Mexique)

Sans risque : tomar, agarrar.

Concha

Partout : coquillageArgentine, Uruguay, Chili, Pérou : sexe féminin

Un coquillage, tout simplement… sauf dans le Cône Sud et au Pérou, où concha désigne vulgairement le sexe féminin et entre dans des insultes très fortes. Ailleurs, aucun souci : au Mexique, une concha est une délicieuse brioche ronde recouverte de sucre, et en Espagne, Concha est le diminutif du prénom Concepción.

« Para el desayuno, una concha y un café. » — « Pour le petit-déjeuner, une brioche et un café. » (Mexique)

Sans risque : caracol ou caracola pour un coquillage en spirale.

Pico

Partout : bec, sommet, piocheChili : sexe masculin

Le bec d’un oiseau, le sommet d’une montagne, et l’expression très utile y pico (« et quelques ») : son las tres y pico, « il est trois heures passées ». Au Chili, en revanche, pico désigne le sexe masculin. Les Chiliens préfèrent donc souvent dire y tanto ou y algo. Au Mexique, pas de souci : le pico de gallo est une sauce fraîche à la tomate.

« Llegamos a las ocho y pico. » — « On est arrivés vers huit heures et quelques. » (à éviter au Chili)

Pijo / pija

Espagne : bourge, BCBGArgentine, Uruguay : pija = sexe masculin

En Espagne, un pijo, una pija, c’est un fils ou une fille à papa, un peu snob. Moqueur, mais pas grossier. Traversez l’Atlantique jusqu’au Río de la Plata et pija devient un mot très vulgaire pour le pénis. Effet garanti, mais pas celui espéré…

« Mi vecina es muy pija. » — « Ma voisine est très bourge. » (Espagne uniquement)

Ailleurs : cheto (Argentine), fresa (Mexique), gomelo (Colombie).

Bicho

Partout : bestiole, insectePorto Rico : sexe masculin

Un bicho, c’est une petite bête, et par extension une personne espiègle (es un bicho, « c’est un petit diable »). À Porto Rico, le mot est en revanche l’un des plus vulgaires pour désigner le sexe masculin : on y parle plutôt d’insecto ou de mosquito selon la bestiole.

« Hay un bicho en mi sopa. » — « Il y a une bestiole dans ma soupe. » (partout, sauf à Porto Rico)

Papaya

Partout : papayeCuba : sexe féminin

À Cuba, on évite de commander un jus de papaya : le mot y désigne le sexe féminin. Les Cubains appellent le fruit fruta bomba. En Colombie, en revanche, le mot est à l’honneur dans une expression très courante : dar papaya, « tendre le bâton pour se faire battre », s’exposer inutilement (par exemple en laissant son téléphone en évidence).

« Un jugo de fruta bomba, por favor. » — « Un jus de papaye, s’il vous plaît. » (Cuba)
« No des papaya. » — « Ne tente pas le diable. » (Colombie)

Chucha

Chili, Pérou, Équateur : sexe féminin, juronColombie : odeur de transpiration

Au Chili, au Pérou et en Équateur, chucha est un mot vulgaire pour le sexe féminin, et surtout un juron très fréquent : ¡chucha!, « merde ! » (nous en parlons dans les insultes typiques au Chili et au Pérou). En Colombie, le sens est tout autre : la chucha, c’est l’odeur d’aisselles. Familier, pas franchement poli non plus, mais pas grossier.

« ¡Chucha, se me olvidaron las llaves! » — « Merde, j’ai oublié les clés ! » (Chili, Pérou)

Cajeta

Mexique : confiture de laitArgentine, Uruguay : sexe féminin

Au Mexique, la cajeta est une gourmandise : une confiture de lait, traditionnellement au lait de chèvre, que l’on étale sur les crêpes. En Argentine et en Uruguay, le mot est très vulgaire. Là-bas, demandez du dulce de leche, la fierté nationale !

« Unas crepas con cajeta, por favor. » — « Des crêpes à la confiture de lait, s’il vous plaît. » (Mexique)

Polla

Sens premier : pouletteEspagne : sexe masculin

Le dictionnaire dit « jeune poule ». En Espagne, personne ne pense à la volaille : polla y est le mot vulgaire le plus courant pour le sexe masculin, et on l’entend dans de nombreuses expressions grossières. Au Chili, au Pérou ou en Colombie, une polla est au contraire un pari collectif, une cagnotte de pronostics (par exemple pour la Coupe du monde) ou un jeu de loterie.

« ¿Entras en la polla del Mundial? » — « Tu participes aux pronostics de la Coupe du monde ? » (Colombie, Pérou, Chili)

Paja

Partout : pailleEspagne et ailleurs : hacerse una paja = se masturber

La paille du foin… et un mot qui change de sens à chaque frontière. L’expression hacerse una paja (se masturber) est vulgaire et largement comprise. En Argentine, me da paja veut dire « j’ai la flemme ». Au Pérou, ¡qué paja! signifie au contraire « trop bien ! ». Pour la paille à boire, dites pajita en Espagne ou popote au Mexique.

« Me da paja salir hoy. » — « J’ai la flemme de sortir aujourd’hui. » (Argentine)

Correrse

Amérique latine : se pousserEspagne : jouir

En Amérique latine, córrete veut simplement dire « pousse-toi » ou « décale-toi ». En Espagne, correrse a aussi un sens sexuel (avoir un orgasme), et la phrase peut faire sourire, même si córrete s’y emploie aussi au sens de « pousse-toi ». Pour éviter toute ambiguïté en Espagne, dites muévete ou apártate.

« Córrete un poquito, que no quepo. » — « Pousse-toi un peu, je n’ai pas de place. » (Amérique latine)

Huevos

Partout : œufsPartout, surtout au Mexique : testicules

Le double sens existe dans tout le monde hispanophone, comme « couilles » en français : tener huevos, c’est avoir du cran. En Espagne, costar un huevo veut dire « coûter les yeux de la tête ». Au Mexique, le jeu de mots est si fréquent que certains préfèrent dire blanquillos pour parler des œufs au marché.

« ¿Tiene blanquillos? » — « Vous avez des œufs ? » (Mexique, langage prudent)

Pinche

Espagne : commis de cuisineMexique : foutu, de merde

En Espagne, le pinche est l’apprenti en cuisine, celui qui épluche les légumes. Au Mexique, placé devant un nom, c’est un adjectif vulgaire qui exprime l’agacement : este pinche tráfico, « ce putain de trafic ». Au Costa Rica, on l’entend aussi pour parler d’une personne radine.

« Trabajo de pinche en un restaurante. » — « Je suis commis dans un restaurant. » (Espagne)

Chocho

Partout : gâteux, gagaEspagne : sexe féminin

Comme adjectif, chocho signifie « gâteux », et estar chocho con veut dire « être gaga de » (un petit-enfant, par exemple). Comme nom, c’est en Espagne un mot vulgaire pour le sexe féminin. En Équateur, les chochos sont des graines de lupin, très appréciées en salade ou en ceviche.

« Mi abuela está chocha con su nieto. » — « Ma grand-mère est gaga de son petit-fils. »

Panocha

Espagne : épi de maïsMexique : sexe féminin

Dans le dictionnaire, la panocha est un épi (de maïs, de millet…). Au Mexique, c’est un mot très vulgaire pour le sexe féminin, même si, dans certaines régions, il désigne aussi un pain de sucre de canne. Pour l’épi de maïs, dites mazorca en Espagne et elote au Mexique.

D’autres pièges, sans gros mots cette fois

Certains mots ne sont pas vulgaires, mais ils changent tellement de sens d’un pays à l’autre qu’ils créent des quiproquos savoureux :

  • Guagua — Le bus à Cuba, à Porto Rico, en République dominicaine et aux Canaries ; le bébé au Chili, en Équateur ou en Bolivie.
  • Torta — Un gâteau en Argentine ; un sandwich au Mexique ; en Espagne, une galette… ou une gifle.
  • Tinto — Un verre de vin rouge en Espagne ; un petit café noir en Colombie.
  • Chimba — En Colombie, ¡qué chimba! veut dire « trop bien ! ». Le mot vient d’un terme vulgaire : très familier, à garder pour les amis (voir les insultes typiques en Colombie).

Tableau récapitulatif pays par pays

MotSens innocentPays où il devient vulgaireÀ dire plutôt
cogerprendre (Espagne)Mexique, Argentine, Uruguay, Venezuela, Amérique centraletomar, agarrar
conchacoquillageArgentine, Uruguay, Chili, Péroucaracola
picobec, « et quelques »Chiliy tanto, y algo
pijabourge (Espagne)Argentine, Uruguaycheta
bichobestiolePorto Ricoinsecto
papayapapayeCubafruta bomba
chuchaodeur d’aisselles (Colombie)Chili, Pérou, Équateur—
cajetaconfiture de lait (Mexique)Argentine, Uruguaydulce de leche
pollapoulette, pari collectifEspagnepollita
corrersese pousserEspagnemoverse, apartarse
pinchecommis de cuisine (Espagne)Mexique—
panochaépiMexiquemazorca, elote

Notre conseil : quand un mot provoque des rires inattendus, ne vous vexez pas : demandez simplement « ¿Qué dije? » (« Qu’est-ce que j’ai dit ? »). Vous apprendrez le sens local en deux secondes, et c’est souvent comme ça qu’on retient le mieux.

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