En Argentine, on ne parle pas, on « s’exprime » : avec les mains, avec la voix… et avec un sacré stock de gros mots. Toute insulte argentine a pourtant deux visages : lancée à un ami sur le bon ton, elle peut être presque tendre ; lancée à un inconnu, elle peut déclencher une bagarre. Voici les insultes argentines les plus courantes, avec leur sens littéral, leur vrai sens, leur degré de vulgarité et des exemples en espagnol rioplatense, celui de Buenos Aires.
Avant de lire : cette fiche contient des mots très vulgaires, et quelques-uns sont franchement offensants. L’objectif est de les comprendre quand vous les entendrez (dans la rue, au stade, dans les séries ou chez vos amis porteños), pas de les distribuer au chauffeur de taxi. Avec un inconnu, abstenez-vous.
Che, vos et compagnie : le mode d’emploi
Deux particularités du parler rioplatense changent tout dans les insultes :
- Che — l’interjection argentine par excellence, pour interpeller quelqu’un : « hé », « dis donc ». On la retrouve devant presque toutes les insultes amicales : « Che, boludo… ». C’est d’ailleurs à son habitude de la placer partout qu’Ernesto Guevara doit son surnom, « le Che ».
- Le voseo — en Argentine, on ne tutoie pas avec tú mais avec vos, et les verbes changent : sos au lieu de eres, andate au lieu de vete, callate au lieu de cállate. Une insulte « à l’espagnole » sonne donc immédiatement étrangère. Pour tout comprendre, lisez notre fiche tú, usted, vos, vosotros.
Les insultes argentines les plus courantes
Boludo
Le mot le plus argentin qui soit. Comme insulte, un boludo est un idiot, un abruti. Mais entre amis, c’est devenu une ponctuation : on le place en début ou en fin de phrase comme « mec ». Tout dépend du ton et de qui le dit. Ses dérivés : boludez (une bêtise, un truc sans importance) et boludear (glandouiller).
« ¿Sos boludo o qué? » — « T’es con ou quoi ? »
« Che, boludo, ¿venís esta noche? » — « Hé mec, tu viens ce soir ? »
Entre amis : oui, à toute heure.
Pelotudo
Le grand frère de boludo, en plus méchant. Un pelotudo est un crétin fini, et le mot s’emploie beaucoup moins sur le ton de la blague. Une pelotudez, c’est une énorme bêtise.
« No seas pelotudo, te van a ver. » — « Fais pas le crétin, ils vont te voir. »
Entre amis : rarement, et seulement pour charrier.
Forro
Un forro, c’est un salaud, quelqu’un qui se comporte mal ou trahit les autres. L’image vient du sens argotique de « préservatif » : un objet qu’on utilise et qu’on jette.
« Me dejó plantado, qué forro. » — « Il m’a posé un lapin, quel salaud. »
Entre amis : pour se moquer, oui.
La concha de tu madre
En Espagne, une concha est un coquillage. En Argentine, au Chili ou au Pérou, c’est un mot très cru pour le sexe féminin. Visant la mère de quelqu’un, c’est l’une des insultes les plus graves. Paradoxe argentin : la variante ¡la concha de la lora! (« … du perroquet ») sert d’exclamation de rage, sans viser personne.
Entre amis : jamais en tant qu’insulte.
¡La puta madre!
Ce n’est pas une insulte mais un juron : l’équivalent de « putain ! » ou « bordel ! », quand on rate son bus ou que son équipe encaisse un but. Sa version longue, ¡la puta que lo parió! (« la pute qui l’a mis au monde »), est tout aussi fréquente. En revanche, la puta que te parió, adressé à quelqu’un, devient une vraie insulte.
« ¡La puta madre, me olvidé las llaves! » — « Putain, j’ai oublié mes clés ! »
Hijo de puta
Le classique panhispanique, très offensant quand il vise quelqu’un. Mais, comme en Espagne, on l’entend aussi… admiratif, devant un exploit.
« ¡Qué hijo de puta, qué golazo! » — « Le salaud, quel but ! »
Entre amis : seulement admiratif.
Conchudo
En Argentine, conchudo (et surtout conchuda, adressé aux femmes) est une insulte très vulgaire et agressive, proche de « connard » ou « salope ». Attention au faux ami régional : dans d’autres pays, comme le Pérou, conchudo veut seulement dire « culotté », « sans-gêne ».
Entre amis : non.
Garca
En argot argentin, cagar a alguien, c’est l’arnaquer. À l’envers, ça donne garca : un escroc, un traître, quelqu’un qui roule les autres. Le verlan, appelé vesre (de revés, « envers »), est une grande spécialité de Buenos Aires.
« Ese mecánico es un garca. » — « Ce garagiste est un escroc. »
Chanta
Un chanta parle beaucoup et tient peu : beau parleur, frimeur, petit escroc qui promet monts et merveilles. Une insulte légère.
« No le creas, es un chanta. » — « Le crois pas, c’est un baratineur. »
Entre amis : oui, pour taquiner.
Gil
Le gil est naïf, il se fait avoir. Expression à connaître : hacerse el gil, « faire l’innocent », faire semblant de ne pas comprendre pour éviter un problème.
« No te hagas el gil, sé que fuiste vos. » — « Fais pas l’innocent, je sais que c’est toi. »
Entre amis : oui.
Mala leche
Un mala leche est quelqu’un de malveillant, qui agit avec de mauvaises intentions. En Argentine, ¡qué mala leche! peut aussi vouloir dire « pas de bol ! ». En Espagne, tener mala leche signifie plutôt « avoir mauvais caractère ».
« Lo hizo de mala leche. » — « Il l’a fait exprès, par méchanceté. »
Sorete
Traiter quelqu’un de sorete, c’est le traiter de « merde », de personne méprisable. Très rioplatense, et très peu affectueux.
« Sos un sorete. » — « T’es une merde. »
Cagón
Le trouillard, le dégonflé. Compris partout, très présent dans les tribunes de football.
« Dale, no seas cagón, tirate. » — « Allez, fais pas ta poule mouillée, saute. »
Entre amis : oui.
Pajero
Littéralement un « branleur ». Dans la bouche d’un Argentin, il désigne aussi quelqu’un qui a la flemme de tout. Et me da paja signifie « j’ai la flemme ».
« Me da paja ir al súper. » — « J’ai la flemme d’aller au supermarché. »
Entre amis : oui, pour charrier.
Andate a la mierda
La version argentine de vete a la mierda : notez l’impératif andate, typique du voseo. Plus sec encore : ¡tomátelas! ou ¡rajá de acá!, « dégage ! ».
« Andate a la mierda, no te quiero ver más. » — « Va te faire voir, je ne veux plus te voir. »
D’autres mots à connaître
- Tarado — « Taré », idiot. Familier.
- Careta — Hypocrite, quelqu’un qui joue un personnage. Familier.
- Chorro — Voleur, en lunfardo. Familier.
- Cheto — Bourge, snob. Moqueur.
- Grasa — Vulgaire, beauf. Méprisant et chargé de préjugés sociaux : à éviter.
- Negro — Surnom affectueux courant… mais negro de mierda est une insulte raciste et classiste : à ne jamais employer.
Les « insultes » qu’on se lance entre amis
Entre potes, vous entendrez :
- Boludo / boluda — « Mec », « ma vieille ». Le roi incontesté.
- Gordo / gorda — « Mon gros », « ma grosse » : affectueux, même pour quelqu’un de mince.
- Loco — « Mec », « mon fou » : « ¿Todo bien, loco? »
- Chabón — « Un mec », « un type ». Neutre et familier.
En résumé
| Expression | Sens | Vulgarité | Entre amis ? |
|---|---|---|---|
| Boludo | Idiot / mec | Vulgaire | Oui |
| Chanta | Baratineur | Familier | Oui |
| Gil | Pigeon, niais | Familier | Oui |
| Pelotudo | Crétin fini | Vulgaire | Rarement |
| Forro | Salaud | Vulgaire | Pour se moquer |
| Garca | Escroc, traître | Vulgaire | Non |
| ¡La puta madre! | Putain ! | Vulgaire | Juron |
| Conchudo | Connard | Très vulgaire | Non |
| La concha de tu madre | Nique ta mère | Très vulgaire | Jamais |
Notre conseil : en Argentine, un boludo bien placé vaut toutes les leçons d’accent. Commencez par che et boludo avec des amis qui vous l’ont déjà dit, et gardez le reste pour comprendre les matchs de foot… et les disputes de vos voisins porteños. Avant le départ, testez-vous avec le quiz Argentine.


