Danses et musiques de Bolivie : diablada, morenada, caporales, saya…
En Bolivie, la danse est une affaire de foi, de fierté et de costumes spectaculaires. Du Carnaval d'Oruro à la fête du Gran Poder de La Paz, en passant par les Yungas afro-boliviens, voici les danses qui font vibrer le pays, avec les mots espagnols pour les comprendre.
Diablada
Danse et musique📍 OruroPatrimoine UNESCO · 2008
Reine du Carnaval d'Oruro, la diablada met en scène le combat du bien et du mal. Lucifer, Satan et les diablesses ouvrent le cortège, suivis des sept péchés capitaux, avant que l'archange saint Michel ne terrasse le démon. Les historiens boliviens la rattachent à d'anciens rituels uru en l'honneur du dieu Tiw ; sa forme actuelle s'est façonnée à l'époque coloniale, en mêlant traditions andines et thèmes chrétiens. La première troupe organisée, la Gran Tradicional Auténtica Diablada Oruro, date de 1904. Accompagnée autrefois par des flûtes de Pan (sikus), elle est aujourd'hui jouée par des fanfares, en deux parties : une marche puis une « mecapaqueña ». Le Carnaval d'Oruro est inscrit à l'UNESCO depuis 2008.
Où le voir : Pendant le Carnaval d'Oruro, entre février et mars, plus de 28 000 danseurs et 10 000 musiciens défilent sur un parcours de quatre kilomètres lors de l'Entrada.
el diablo le diable
la máscara le masque
el arcángel l'archange
Morenada
Danse et musique📍 Oruro et La Paz (Altiplano)
Lourds costumes brodés en forme de tonneau, masques sombres et matracas qui crépitent : la morenada est l'une des grandes danses des fêtes andines boliviennes. Son origine fait débat. L'historien Emo Valeriano Thola la situe vers 1790 dans les centres miniers d'Oruro, Colquechaca et Poopó, comme une satire des esclaves africains, et le bruit de la matraca évoquerait leurs chaînes. D'autres hypothèses la rattachent à La Paz ou à Potosí. Sa musique est jouée par des fanfares : trompettes, tubas, grosse caisse et cymbales. Le plus ancien masque connu date de 1875, et des fraternités historiques comme la Morenada Zona Norte (1913) ou la Morenada Central (1924) défilent toujours à Oruro. Elle est patrimoine culturel de Bolivie depuis 2011.
Où le voir : On la voit au Carnaval d'Oruro et à la fête du Gran Poder, à La Paz.
la matraca la crécelle
la fraternidad la confrérie de danseurs
la banda la fanfare
Caporales
Danse📍 La Paz (inspirée des Yungas)
Danse vive et sautée, les caporales sont une création récente : les frères Estrada Pacheco l'ont présentée pour la première fois en 1969, en s'inspirant des danseurs afro-boliviens des Yungas. Elle reprend le personnage du caporal, contremaître métis qui surveillait les esclaves noirs et figurait déjà dans la saya. Les hommes portent des bottes à talons garnies de grelots (cascabeles), un chapeau à la main et parfois un fouet ; les femmes dansent en robe courte et talons hauts. Beaucoup dansent pour la Vierge du Socavón, en promettant de le faire pendant plusieurs années. En juin 2011, un décret suprême l'a déclarée patrimoine culturel et immatériel de la Bolivie.
Où le voir : Les grandes troupes de caporales défilent au Carnaval d'Oruro et à la fête du Gran Poder, à La Paz.
las botas les bottes
el cascabel le grelot
la promesa le vœu
Saya afroboliviana
Danse et musique📍 Yungas (Tocaña, près de Coroico)
La saya est la musique des Afro-Boliviens des Yungas, ces vallées chaudes au pied des Andes. Jusqu'en 1980, elle restait cantonnée à de petites communautés, dont la plus célèbre est Tocaña, près de Coroico. Chants et danse y transmettent l'histoire orale du peuple afro-bolivien et ses racines africaines : un chant comme « Si yo fuera presidente » rend hommage à Manuel Isidoro Belzu, qui a aboli l'esclavage en 1851. Arrivée dans les grandes villes, elle fait aujourd'hui vivre des troupes, et le Movimiento Cultural Saya Afroboliviano veille à préserver son sens. Elle a aussi inspiré la musique andine : « Llorando se fue » des Kjarkas est écrite sur un rythme de saya.