Danses et musiques d’Argentine : tango, chacarera, chamamé…
L’Argentine ne se résume pas au tango : le pays danse aussi la chacarera et la zamba dans le Nord-Ouest, le chamamé dans le Littoral et le cuarteto à Córdoba. Voici les danses et musiques qui font vibrer les Argentins, leur histoire, où les découvrir et les mots espagnols pour en parler.
Tango
Danse et musique📍 Buenos Aires (Río de la Plata)Patrimoine UNESCO · 2009
Le tango rioplatense, né sur les deux rives du Río de la Plata, est à la fois une danse de couple enlacé, une musique et une poésie chantée. En septembre 2009, l’Argentine et l’Uruguay ont obtenu ensemble son inscription au patrimoine immatériel de l’UNESCO, une candidature préparée avec les milongas, académies, centres culturels et artistes des deux pays. Sa voix la plus célèbre reste Carlos Gardel : son « Por una cabeza », écrit en 1935 pour le film Tango Bar sur des paroles d’Alfredo Le Pera, a ensuite été repris au cinéma dans Le Temps d’un week-end, La Liste de Schindler ou True Lies. Le bandonéon, sorte d’accordéon, en est l’instrument emblématique, et le tango se danse aujourd’hui dans les milongas, ces bals dédiés.
Où le voir : Dans les milongas, les bals de tango de Buenos Aires.
Danse et musique📍 Santiago del Estero (nord-ouest)
Souvent présentée comme le pendant rural du tango, la chacarera vient de la province de Santiago del Estero. Sa musique joue sur une ambiguïté rythmique entre 6/8 et 3/4, portée par la voix, la guitare, le violon et le bombo, un gros tambour, parfois avec piano ou bandonéon. C’est une danse de couple héritée de la contredanse : l’homme tourne autour de sa partenaire en frappant du pied (zapateo) et en agitant un mouchoir, avant que les danseurs ne s’enlacent dans la dernière partie. Le style a été standardisé par les enregistrements des Hermanos Ábalos dans les années 1950, et des artistes comme Atahualpa Yupanqui, Peteco Carabajal ou le Dúo Coplanacu l’ont fait vivre.
Danse et musique📍 Nord-ouest argentin (Salta, Jujuy…)
À ne pas confondre avec la samba brésilienne, la zamba argentine dérive, selon les musicologues, de la zamacueca péruvienne apparue à Lima en 1824. C’est une danse de couple galante où le mouchoir joue un rôle essentiel : « transmetteur muet mais éloquent » des sentiments, il permet à l’homme d’exprimer son désir de séduire sa partenaire. Elle se danse toujours dans le nord-ouest de l’Argentine et dans la région de Tarija, en Bolivie ; à Salta et Jujuy, on l’appelait autrefois « chilena ». Les spécialistes débattent encore de son rythme, 6/8 ou 3/4. Côté chanson, elle a donné des classiques comme « Alfonsina y el mar » (1969), d’Ariel Ramírez et Félix Luna, enregistrée par Mercedes Sosa sur l’album Mujeres argentinas.
Danse et musique📍 Corrientes (Littoral argentin)Patrimoine UNESCO · 2020
Musique et danse traditionnelles du Littoral, le chamamé a pour cœur la province de Corrientes et rayonne jusqu’au Paraguay, en Uruguay et au Brésil. On dit qu’il se vit, se danse et se chante. Le premier chamamé enregistré, « Corrientes poty » (1930), est signé Francisco Pracánico et interprété par Samuel Aguayo. Ses pionniers s’appellent Emilio Chamorro, Ernesto Montiel, Tránsito Cocomarola ou Isaco Abitbol ; Tarragó Ros et les Hermanos Barrios l’ont popularisé entre 1940 et 1960, avant Teresa Parodi, Ramona Galarza, puis Raúl Barboza ou Chango Spasiuk. En décembre 2020, l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité, une fierté nationale saluée par le ministre de la Culture : « Qué viva el chamamé ! »
el litoral le Littoral, la région des grands fleuves
Cuarteto
Genre musical📍 CórdobaPatrimoine UNESCO · 2025
Le cuarteto est né à Córdoba le 4 juin 1943, quand le Cuarteto Leo, dirigé par Augusto Marzano avec sa fille Leonor, joua pour la première fois à l’auditorium de la radio LV3. Leonor, qui reprit le groupe à la mort de son père en 1961, est créditée du fameux rythme « tunga tunga », irrésistible pour danser. Plus de quatre-vingts ans plus tard, ce son populaire fait danser des milliers de personnes chaque week-end, porté par Carlos « La Mona » Jiménez, Rodrigo, La Konga, Ulises ou Q’Lokura. En décembre 2025, le comité de l’UNESCO réuni à New Delhi l’a inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité : pour les Cordobeses, la preuve que le cuarteto est « plus que de la musique ».
Où le voir : Chaque week-end dans les bailes (bals) de Córdoba ; le Museo del Cuarteto y recrée aussi une salle de bal des années 1950.