Danses et musiques d’Espagne : flamenco, sevillanas, sardane…
De l’Andalousie à la Galice, chaque région d’Espagne danse à sa façon : flamenco brûlant, sevillanas de feria, sardane en cercle, chotis madrilène ou muiñeira au son de la cornemuse. Voici les grandes danses et musiques du pays, leur histoire, où les découvrir sur place et les mots espagnols pour en parler.
Flamenco
Danse et musique📍 Andalousie (aussi Murcie et Estrémadure)Patrimoine UNESCO · 2010
Le flamenco tel qu’on le connaît date du XVIIIe siècle, mais ses origines restent débattues : romances castillans, musiques morisques et séfarades, et un apport majeur des Gitans installés en Andalousie. Il repose sur trois piliers : le cante (chant), le toque (guitare) et le baile (danse), portés par les cantaores, tocaores et bailaores. Chaque style, ou palo (soleá, bulerías, alegrías, seguiriya…), a son propre compás, un cycle rythmique précis. Cadix, Jerez, Séville, Grenade ou Cordoue en sont des foyers historiques. Le guitariste Paco de Lucía et le cantaor Camarón de la Isla lui ont donné un nouvel élan, Paco l’ouvrant même au jazz et aux musiques brésilienne et arabe. L’UNESCO l’a inscrit au patrimoine immatériel en novembre 2010.
el bailaor / la bailaora le danseur / la danseuse de flamenco
Sevillanas
Danse et musique📍 Séville (Andalousie)
Héritières des seguidillas castillanes, les sevillanas se sont « flamenquisées » au contact de palos comme la bulería, le fandango ou la soleá ; la danse, elle, puise dans l’escuela bolera du XVIIIe siècle. Le nom apparaît à la Feria de Séville en 1846. Elles se dansent en couple, en quatre coplas qui ont chacune leur chorégraphie, à trois temps, avec des pas aux noms imagés : pasada, careo, vueltas, zapateado. Les premiers disques datent de 1950 avec les Hermanos Toronjo, puis viennent les Amigos de Gines ou Los Marismeños, et les années 1980 connaissent un véritable « boom des sevillanas ». Aujourd’hui encore, c’est la danse que tout le monde pratique dans les ferias et les romerías.
Où le voir : Pendant la Feria de Abril de Séville, où l’on en entend en moyenne une cinquantaine par jour, et lors du pèlerinage d’El Rocío.
La sardane vient de l’Empordà : le mot est attesté dès 1552, mais sa forme moderne, la sardana llarga, est née au milieu du XIXe siècle. Pep Ventura a fixé son rythme à 6/8 et la cobla à onze musiciens : flabiol et tamborí joués par une seule personne, tenoras, tibles, trompettes, fiscorns, trombone et contrebasse. Hommes et femmes se tiennent la main en cercle et alternent pas courts (curts), bras baissés, et pas longs (llargs), bras levés à hauteur d’épaule. Chacun peut rejoindre une ronde ouverte en posant ses affaires au centre. Symbole de l’identité catalane, elle a été déclarée fête d’intérêt national par le gouvernement catalan en 2010.
Le chotis est la danse emblématique de Madrid, même s’il vient d’ailleurs : son nom dériverait de l’allemand schottisch (« écossais ») et il serait né en Bohême. Plus posé que la danse écossaise, il se joue à quatre temps, traditionnellement au son de l’organillo, l’orgue de Barbarie madrilène. Sa particularité : il se danse « sur une dalle » (sobre una baldosa). Face à face, l’homme tourne autour de sa partenaire en pivotant sur lui-même, et le couple avance de trois pas puis recule de trois pas. Les Madrilènes en costume de chulapo et de chulapa le dansent lors des fêtes populaires. Le chotis le plus célèbre, « Madrid », a été écrit par un Mexicain : Agustín Lara.
Où le voir : Mi-mai pour la San Isidro, à la Pradera de San Isidro et sur la Plaza Mayor, puis en août aux fêtes de San Cayetano, San Lorenzo et La Paloma.
el chulapo / la chulapa le Madrilène / la Madrilène en costume traditionnel
Muiñeira
Danse et musique📍 Galice (et une partie des Asturies)
La muiñeira est la danse reine de la Galice, qu’on retrouve aussi dans une partie des Asturies. Son nom évoque le moulin : il désigne la meule, mais aussi la meunière. Elle se joue généralement à 6/8, sur un rythme sautillant porté par la gaita, la cornemuse galicienne, qui existe en trois grandes variantes (tumbal, grileira et redonda), accompagnée du tamboril, un tambour à timbre, et du bombo, la grosse caisse. Le gaitero Carlos Núñez, présenté comme le plus grand virtuose de la gaita en Galice et complice du groupe irlandais The Chieftains, ainsi que Susana Seivane, issue d’une célèbre famille de luthiers, l’ont fait connaître bien au-delà de la région.