Danses et musiques de Cuba : son, rumba, danzón, chachachá…
Peu de pays ont donné au monde autant de rythmes que Cuba, du son à la rumba en passant par le danzón et le chachachá, et de La Havane à Matanzas la musique s'écoute dans la rue autant que dans les salles de bal. Voici les genres essentiels, leurs grandes voix et les mots espagnols pour en parler.
Son cubano
Danse et musique📍 Oriente (est de l'île)Patrimoine UNESCO · 2025
Le son est la matrice de la musique populaire cubaine. Né dans la région orientale de l'île, il fusionne influences africaines et hispaniques, et connaît son âge d'or à partir des années 1920, porté par l'essor de la radio commerciale. Déclaré patrimoine culturel de la nation en 2012, il a été inscrit par l'UNESCO en décembre 2025, rejoignant la rumba, le punto ou le boléro. Le monde l'a redécouvert en 1997 avec l'album Buena Vista Social Club, qui s'ouvre sur « Chan Chan », composé en 1984 par Compay Segundo : la chanson, qui raconte l'histoire de Juanica et Chan Chan sur une plage, est devenue l'emblème du groupe et du son dans le monde entier.
el tres le tres, guitare cubaine à trois doubles cordes
la guitarra la guitare
Rumba
Danse et musique📍 La Havane et MatanzasPatrimoine UNESCO · 2016
Née dans les quartiers populaires des villes portuaires comme La Havane et Matanzas, et dans les zones rurales où vivaient des communautés d'esclaves africains, la rumba est une fête où se mêlent chants, gestes, battements de mains et danse. On la joue avec des percussions, mais aussi avec des objets du quotidien détournés en instruments. Longtemps symbole d'une société marginalisée, elle exprime fierté et résistance, et se transmet en famille et entre voisins, par imitation. Le guaguancó en est l'une des formes les plus connues. Les Muñequitos de Matanzas, formés en 1952, en sont les ambassadeurs : leur nom vient de leur succès « Los muñequitos » (1953). L'UNESCO a inscrit la rumba en 2016.
Où le voir : Le dimanche après-midi, des rumbas animent le Callejón de Hamel, ruelle décorée par l'artiste Salvador González dans le quartier de Cayo Hueso, à La Havane.
Considéré comme la danse nationale cubaine, le danzón dérive de la habanera, ou danza criolla. On attribue sa création au musicien de Matanzas Miguel Faílde : son premier danzón, « Las alturas de Simpson », aurait été présenté en 1879 au club de Matanzas, l'actuelle Sala White. Danse de salon élégante, il était d'abord joué par des orquestas típicas (violons, contrebasse, trombone, cornet, clarinette, güiro), puis par des charangas, qui ont ajouté piano, flûte et timbales (pailas). Il a donné naissance au danzonete et appartient à la même famille que le mambo et le chachachá. Il a aussi trouvé une seconde patrie au Mexique.
Le chachachá est né au début des années 1950 sous l'archet du violoniste Enrique Jorrín, natif de Pinar del Río. Son morceau « La engañadora », enregistré en mars 1953 par l'Orquesta América de Ninón Mondéjar pour le label Panart, est considéré comme le premier chachachá ; il est devenu la meilleure vente de la maison de disques. Le nom du genre viendrait du refrain de la face B, « Silver Star ». Héritier de la famille du danzón et joué par des charangas, avec violons et flûte, il se danse en couple sur un tempo modéré. Il a ensuite conquis les salles de bal du monde entier.
Genre musical📍 Campagnes de CubaPatrimoine UNESCO · 2017
Le punto, ou musique guajira, est la poésie chantée des campagnes cubaines. Les chanteurs y interprètent ou improvisent des décimas, strophes de dix vers héritées de la tradition espagnole. Sa grande voix fut Celina González (1929-2015), née à Jovellanos, dans la province de Matanzas. Avec son mari Reutilio Domínguez, elle a formé un duo célèbre à partir de 1948 ; leur « A Santa Bárbara » est devenu un classique, tout comme « Yo soy el punto cubano », véritable profession de foi du genre. En 2001, son album Cincuenta años… como una reina a été nommé aux Grammy Awards. L'UNESCO a inscrit le punto au patrimoine immatériel de l'humanité en 2017.