Danses et musiques du Chili : cueca, nueva canción, cumbia…
Au Chili, septembre a le goût de la cueca, la danse nationale au mouchoir, et le Nouvel An celui de la cumbia. Entre chansons engagées de Violeta Parra et cuecas canailles des bas quartiers, voici les danses et musiques qui racontent le pays, où les découvrir et les mots espagnols pour en parler.
Cueca
Danse et musique📍 Tout le pays (danse nationale)
La cueca, danse nationale du Chili depuis un décret de 1979, est apparentée à la zamacueca, dansée au Pérou vers 1800 et connue au Chili dès 1824. C’est une danse de séduction : l’homme, souvent en tenue de huaso (chapeau, poncho, bottes et éperons), offre son bras à sa partenaire en robe fleurie ; face à face, mouchoir levé dans la main droite, ils tracent des cercles et des tours sans jamais se toucher. Une cueca compte généralement trois « pies ». En septembre, pendant les Fiestas Patrias, les académies de cueca font le plein, des cuecódromos s’installent et les autorités ouvrent les festivités par un « pie de cueca ». En 1943, le musicologue Pablo Garrido y voyait « le symbole le plus pur » de l’identité chilienne.
Où le voir : Pendant les Fiestas Patrias de septembre, dans les fondas et les cuecódromos ; le 17 septembre est le Día Nacional de la Cueca.
À la fin des années 1950, Violeta Parra sillonne le pays pour recueillir et faire revivre des milliers de chansons populaires. Dans les années 1960, elle fonde à Santiago, avec son fils Ángel, la Peña de los Parra, qui devient le point de ralliement d’une nouvelle génération. Quena, zampoñas et charango donnent à cette « nouvelle chanson » sa couleur andine, ses textes la voix des paysans et des ouvriers. Après la mort de Violeta en 1967, Víctor Jara en devient la figure majeure, tandis qu’Inti-Illimani et Quilapayún soutiennent la campagne de Salvador Allende en 1970. Le coup d’État de 1973 brise le mouvement : exils, prisons, et Víctor Jara torturé et tué au stade Chile. Ses chansons, elles, ont fait le tour du continent.
Depuis le début des années 1960, le Chili a vu naître d’innombrables groupes de cumbia aux compositions propres. La Sonora Palacios en est un pilier : Tommy Rey y chante dix-huit ans avant de fonder en 1982, sous la dictature et le couvre-feu, la Sonora de Tommy Rey. Des titres comme « Un año más », « Cumbia para adormecerte » ou « El galeón español » sont indissociables des fêtes : chaque mois de décembre, Tommy Rey animait inlassablement les réveillons du Nouvel An, et la cumbia s’invite aussi chaque septembre autour des Fiestas Patrias. Disparu le 26 mars 2025 à 80 ans, le chanteur disait de la cumbia qu’elle est « la plus simple à danser ». Une bonne nouvelle pour les débutants !
Où le voir : Aux réveillons du Nouvel An et pendant les Fiestas Patrias de septembre, les deux grands moments de la cumbia au Chili.
Version urbaine et canaille de la cueca, la cueca brava est née dans les anciennes chinganas, ces débits de boisson populaires : une cueca « née de la marginalité citadine », au même titre que le tango, le vals péruvien ou le flamenco dans leurs pays. L’étiquette apparaît dans les années 1960 pour la distinguer de la cueca chora que cultivait Roberto Parra, auteur du disque Las cuecas choras del Tío Roberto ; musicalement, les deux sont pourtant très proches. Le groupe Los Chileneros, fondé en 1967 par Nano Núñez avec El Baucha et El Perico, en est la référence. En 1995, Los Tres font passer leurs cuecas choras sur MTV, et une nouvelle génération (Los Tricolores, Las Capitalinas, Los Paleteados del Puerto) l’a remise à la mode.